« Le marché ne baisse plus, mais la reprise reste très progressive »
Après trois ans consécutifs de baisse d’activité, le dirigeant du groupe breton analyse les perspectives d’activité jusqu’en 2027, et livre aussi des éléments de stratégie de son enseigne Tanguy Matériaux (associée du Club Altéral), notamment en matière de RSE.
Malheureusement, 2025 s’inscrit dans la continuité des deux exercices précédents. Nous enregistrons une troisième année consécutive de baisse d’activité avec une performance globale en ligne avec celle observée sur le marché. Les régions Bretagne et Pays de la Loire restent pénalisées, notamment sur les secteurs de Rennes, du Morbihan et de Nantes, même si le Finistère résiste un peu mieux.
Non, les situations sont très différentes selon les marchés. Les activités dépendantes du logement neuf sont les plus pénalisées. En revanche, les métiers liés à la rénovation résistent nettement mieux, notamment la couverture. Les activités liées aux infrastructures demeurent également bien orientées. Nous sommes aussi présents dans le béton via nos centrales à béton prêt à l’emploi.
Ce marché s’est montré plus dynamique en 2025. Les secteurs de l’industrie, du tertiaire et agricole sont, eux aussi, restés correctement orientés. Sans ces activités, l’impact de la troisième année consécutive de décroissance aurait été beaucoup plus difficile à absorber. Cette diversité de métiers nous a permis d’amortir une partie du choc.
Nous pensions que la reprise interviendrait dès l’été 2025, mais cela ne s’est pas produit. En revanche, à partir du quatrième trimestre de l’année dernière, nous avons commencé à percevoir des signes de stabilisation qui se sont confirmés depuis le début 2026. Nous sommes actuellement dans une phase d’atterrissage avec une reprise qui reste très molle, mais un marché qui au moins ne baisse plus.
C’est déjà un point positif. Pour le second semestre 2026, nous sommes plutôt confiants. En effet, les permis de construire délivrés six mois ou un an plus tôt commencent à se concrétiser sur le terrain, et les indicateurs dont nous disposons sont globalement mieux orientés.
Enfin, pour 2027, la visibilité demeure limitée avec des échéances électorales importantes qui pourront peser sur les décisions d’investissement des ménages comme des collectivités. En résumé, nous sommes raisonnablement optimistes, mais nous restons prudents.
« En 2027, la visibilité devrait restée limitée avec des échéances électorales importantes qui pourront peser sur les décisions d’investissement des ménages comme des collectivités. »
Avec la crise iranienne, nous avons subi un double effet. D’abord, la hausse des coûts de transport, qui impacte directement notre activité puisque plus de la moitié de notre chiffre d’affaires est livrée sur les chantiers. Ensuite, les industriels ont répercuté leurs propres hausses de coûts, notamment sur les produits fortement dépendants du pétrole.
Il y a eu également quelques tensions sur la disponibilité de certains produits comme le polyuréthane. Mais, la situation globale reste sans commune mesure avec celle observée durant la crise de la Covid. En revanche, les évolutions tarifaires sont désormais beaucoup plus fréquentes et complexes à gérer.
Après trois ans consécutifs de baisse d’activité représentant près de 25 % de chiffre d’affaires en moins, il était devenu nécessaire d’adapter notre organisation au niveau réel du marché. Nous avons ainsi cédé deux agences situées dans la Manche et fermé sept points de vente en Ille-et-Vilaine et en Mayenne.
Il s’agissait principalement de petites agences issues du rachat de Pigeons Matériaux, très dépendantes du marché du gros œuvre, qui a continué de se dégrader. Une partie des collaborateurs a pu être redéployée au sein du groupe ou transférée avec les agences cédées. Mais une dizaine de salariés ont également été concernés par un plan de sauvegarde de l’emploi. Ce sont des décisions difficiles, mais elles étaient indispensables pour adapter notre outil de distribution à un marché qui s’est durablement contracté.
Bien sûr. Nous poursuivons nos actions de façon pragmatique avec des bilans carbone, des démarches d’amélioration continue et une politique RSE qui s’enrichit progressivement. La mise en œuvre de la directive européenne CSRD [ce texte encourage le développement durable des entreprises et harmonise le reporting extra-financier : Ndlr] ayant été reportée, nous avons adapté notre calendrier. Mais cela ne remet pas en cause nos engagements.
Nous développons aussi des solutions favorisant le réemploi des matériaux grâce à notre participation dans Kloovis [plateforme de réemploi (électroportatif, sanitaire, EPI, etc. portée par les membres d’Altéral auquel adhère Tanguy Matériaux : Ndlr]. Cette dernière permet de donner une seconde vie aux produits non commercialisés en les orientant vers des associations, établissements de formation ou structures d’intérêt général. Grâce à cette solution, on évite le gaspillage de matériaux neufs.
Bientôt une nouvelle plateforme logistique
Pour accompagner le redémarrage d’activité, Roland Tanguy évoque un projet de plateforme logistique centralisée qui sera opérationnelle d’ici à l’été ou la rentrée 2027. Encore très discret sur ce dossier, le PDG du groupe breton n’en dit pas plus pour l’instant. Il laisse toutefois entendre que, pour répondre à un tel délai, le bâtiment existerait déjà.
Tanguy Matériaux en bref
• 275 M€ de CA en 2025.
• 50 points de vente dont 42 agences de négoce multispécialiste.
• 1 000 salariés.
(Source : groupe Tanguy)