Aides à la rénovation : tout ce qui change en 2026

, mis à jour le 13/01/2026 à 08h14
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travaux de révovation

Suspension de MaPrimeRénov’, évolution du diagnostic de performance énergétique, montée en puissance des certificats d’économies d’énergie : l’année 2026 s’ouvre sur un profond rééquilibrage des dispositifs de soutien à la rénovation énergétique. Après une succession de réformes et de coups d’arrêt en 2025, ménages et professionnels doivent composer avec un cadre encore instable. Décryptage des règles en vigueur et de leurs conséquences.

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Difficile de s'y retrouver dans l'actualité des aides à la rénovation, tant 2025 a été marquée par les "stop and go" gouvernementaux. Aux premiers jours de la nouvelle année, il est temps de se pencher sur ce qui a été modifié, ce qui est désormais en cours et ce qui risque de nouveau d'évoluer.

Un dispositif en arrêt faute de budget validé

La loi de finances pour 2026 n’ayant pas été définitivement adoptée, MaPrimeRénov’ (MPR) est suspendue depuis le 1ᵉʳ janvier, ce qui prive de crédits disponibles le guichet Anah pour recevoir de nouvelles demandes. Sans cadre budgétaire stabilisé, le gouvernement refuse d’ouvrir le dispositif afin d’éviter l’accumulation de dossiers sans garantie de financement effectif.

Le ministre du logement Vincent Jeanbrun a en effet confirmé le 21 décembre la fermeture du guichet MPR et résumé la situation par une formule lapidaire : « pas de budget, pas de guichet », tout en expliquant qu’il refusait de laisser déposer des dossiers sans garantie de financement. « On espérait pouvoir redémarrer sur les chapeaux de roues en janvier, en ayant bien dimensionné tout le dispositif, mais ça ne sera pas possible, donc on ne pourra pas rouvrir le guichet. »

Les dossiers déposés avant la suspension restent instruits et engagés, mais aucune date de réouverture officielle n’est fixée tant que le budget 2026 n’a pas été voté.

2025 : année marquée par des revirements successifs

Cette suspension n’est pas une première : à l'été 2025, le guichet avait déjà été fermé temporairement sur les rénovation d'ampleur, pour cause de consommation rapide des crédits, générant un ras-le-bol et des manifestations des acteurs de la filière avant d’être partiellement rouvert fin septembre 2025 avec des quotas stricts (13 000 dossiers) et un ciblage renforcé sur les ménages très modestes et les logements les plus énergivores.

En résumé, l’année 2025 avait vu :

  • la suspension partielle puis réouverture limitée du guichet,
  • la priorisation stricte des rénovations globales pour les logements classés E, F ou G au DPE, avec des quotas et des conditions durcies pour l’accès aux aides,
  • la baisse significative des plafonds de dépenses finançables (passant à des plafonds de 30 000 € pour un gain de deux classes et 40 000 € pour un gain de trois classes ou plus),
  • la suppression du bonus de sortie de passoire énergétique.

Ces ajustements successifs, souvent mal anticipés par les ménages et les professionnels, ont complexifié la lisibilité du dispositif et fragilisé la dynamique de massification de la rénovation énergétique.

Quel avenir pour MaPrimeRénov’ ?

Dans le projet de loi de finances pour 2026, plusieurs orientations avaient été envisagées :

  • le recentrage des aides sur les logements jugés prioritaires (seulement les plus énergivores),
  • la réduction des dotations budgétaires de l’Agence nationale de l’habitat (ANAH) en charge du dispositif, avec des crédits en baisse par rapport à 2025,
  • le renforcement de la mobilisation des CEE (certificats d’économies d’énergie) pour compenser partiellement la contraction des financements directs de l’État.

Ces options entendent optimiser l’impact des moyens publics disponibles, mais elles restent... conditionnées au vote du budget et à la stabilisation politique du cadre financier.

Les CEE montent en puissance

Dans ce contexte d’instabilité des aides budgétaires, les certificats d’économies d’énergie (CEE) sont appelés à jouer un rôle croissant dans le financement de la rénovation énergétique. Dispositif extra-budgétaire fondé sur une obligation imposée aux fournisseurs d’énergie (électricité, gaz, carburants, fioul), les CEE constituent aujourd’hui un levier central pour soutenir les travaux chez les particuliers comme dans le tertiaire.

La 6ᵉ période des CEE (P6) est entrée en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2026, succédant à une 5ᵉ période prolongée à plusieurs reprises. Cette nouvelle phase s’étendra jusqu’au 31 décembre 2029. Elle se caractérise par un relèvement significatif des obligations d’économies d’énergie, traduisant la volonté de l’État de compenser, au moins partiellement, la contraction des aides budgétaires directes à la rénovation.

La P6 s’inscrit dans une logique de ciblage accru sur les économies d’énergie réelles et mesurables, avec un recentrage attendu sur les opérations les plus performantes, notamment dans le résidentiel individuel et collectif. Les travaux portant sur l’isolation, les systèmes de chauffage décarbonés (pompes à chaleur, réseaux de chaleur), ainsi que certaines rénovations globales devraient rester prioritaires.

Entrée en vigueur du nouveau DPE

Parallèlement, le diagnostic de performance énergétique (DPE) a été réformé avec effet au 1ᵉʳ janvier 2026.

Dans le calcul du DPE, le facteur de conversion de l’électricité est passé de 2,3 à 1,9, alignant la méthode française avec la méthodologie européenne et reflétant mieux un mix électrique faiblement carboné.

Cette modification conduit à améliorer mécaniquement l’étiquette énergétique de nombreux logements chauffés à l’électricité, sans qu’un nouveau diagnostic soit nécessaire.

Selon les estimations gouvernementales, ce réajustement devrait entraîner la sortie de 850 000 logements du statut de "passoire énergétique", parmi les millions de logements énergivores recensés.

Les DPE déjà réalisés restent valables pendant 10 ans, mais une mise à jour de l’étiquette est possible via les outils officiels en ligne.

Nouvelles obligations pour les propriétaires

Depuis le 1ᵉʳ janvier, l’obligation de posséder un DPE s’est étendu à la totalité des copropriétés datant d'avant 2013, conformément aux dispositions réglementaires.

Rappelons que la loi « Climat et Résilience » a rendu obligatoire la réalisation d’un DPE pour tous les bâtiments collectifs d’habitation dont le permis de construire a été déposé avant le 1ᵉʳ janvier 2013 :
depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, pour les immeubles en monopropriété pour les copropriétés de plus de 200 lots ;
depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, pour les copropriétés entre 50 et 200 lots ;
• depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, cette obligation est étendue aux copropriétés d’au maximum 50 lots.

Rénovation énergétique : les principales évolutions de 2025

Printemps 2025

  • Alerte de l’Anah sur une consommation accélérée des crédits MaPrimeRénov’. Les enveloppes dédiées aux rénovations d’ampleur sont proches de l’épuisement dès le mois de mai.

Été 2025

  • Le gouvernement envisage une mise en pause du dispositif. Les aides aux « mono-gestes » sont finalement maintenues, tandis que les rénovations globales sont suspendues à partir du 23 juin.

13 août 2025

  • Publication de l’arrêté modifiant le facteur de conversion de l’électricité dans le calcul du DPE, actant le passage de 2,3 à 1,9.

30 septembre 2025

  • Réouverture du guichet MaPrimeRénov’ pour les rénovations d’ampleur, avec un quota limité à 13 000 dossiers jusqu’à la fin de l’année. Le dispositif est recentré sur les ménages très modestes et les logements classés E, F et G, avec des conditions d’accès durcies.

1ᵉʳ janvier 2026

  • Suspension de MaPrimeRénov’, faute de loi de finances adoptée pour 2026. Le guichet est fermé à toute nouvelle demande, les dossiers déjà engagés restant instruits.
  • Entrée en vigueur du nouveau mode de calcul du DPE intégrant le facteur de conversion de l’électricité à 1,9. Les nouveaux diagnostics et audits énergétiques sont concernés.
  • Extension de l’obligation de DPE à l’ensemble des copropriétés, conformément à la loi « Climat et Résilience ».
  • Entrée en vigueur de la 6ᵉ période des CEE (P6).
Rédacteur en chef de Zepros Énergie et Zepros Réno, expert de la transition énergétique dans le bâtiment.
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