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Stéphane Vigliandi

« Les MAR ont besoin d’un cadre clair »

Juliette Laganier
directrice générale de la fédération
SoliHa (Solidarité Habitat)
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Juliette Laganier, DG de SoliHa.

Alors que la baisse des demandes MaPrimeRenov’ a contraint le gouvernement à revoir sa copie, un point n’a pas été modifié – du moins pas directement : le statut de Mon Accompagnateur Rénov’ (MAR) dont le déploiement a débuté en 2023. Juliette Laganier (DG de SoliHa) analyse pour Zepros les premiers pas de cet acteur devenu incontournable en 2024. Avec des profils et missions élargis. L’occasion aussi pour elle de réagir face au retour des mono-gestes dans le dispositif MaPrimeRénov’.

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MAR : premiers bilans
Juliette Laganier

À ce jour, nous avons 98 % de nos 124 associations agréées [un peu plus de 3 600 salariés : Ndlr] et 94 % des territoires couverts. La Bretagne, par exemple, est l’une des régions où nos associations disposent d’un grand nombre de MAR. Sur le terrain, nous constatons une explosion du nombre d’appels et de sollicitions depuis début janvier 2024 pour des projets de travaux de rénovation menés dans le cadre du parcours accompagné MaPrimeRénov'. Avec, parfois, des hausses de 90 % à 100 % dans certains territoires ! Il ne faudrait pas que la dynamique engagée à la fin 2023 ne s’enraye.

Entrée d’acteurs privés : quels effets sur le marché ?
Juliette Laganier

L’importance du parc à rénover dont les passoires thermiques – c’est-à-dire les biens classés F et G au titre du diagnostic de performance énergétique (DPE) – est tel que le nombre de MAR n’est pas le seul enjeu. Beaucoup de ménages dont les plus modestes doivent être accompagnés. En tant qu’opérateur historique auprès de l’Anah et premier acteur associatif national de l’habitat privé à vocation sociale, SoliHa restera très attentif sur les modalités d’agrément des MAR, d’autant que les règles d’instruction ont été assouplies. C’est un point de vigilance. Il faut de le neutralité, agir en toute indépendance et ne pas avoir d’intérêt économique pour être tiers de confiance. Ce sont des éléments fondamentaux. Je rappelle que SoliHa dispose non seulement de compétences techniques, administratives et financières, mais la fédération a aussi une vocation sociale.

« SoliHa restera très attentif sur les modalités d’agrément des MAR, d’autant que les règles d’instruction ont été assouplies. »

Relations entretenues avec les artisans
Juliette Laganier

Concernant les MAR, SoliHa n’a pas signé de partenariat spécifique avec la Capeb et la FFB. Les actions que nous menons auprès de ces deux organisations professionnelles sont souvent des partenariats “d’intention”. Sachant que les enjeux de rénovation peuvent varier d’une région à l’autre, il s’agit d’échanges d’informations sur les aides nationales et locales relatives à la rénovation ou à l’adaptation du logement par exemple. Mais ces partenariats sont bien antérieurs à l’arrivée de MaPrimeRénov' et de MaPrimeAdapt'.

MAR : un levier contre l’éco-délinquance ?
Juliette Laganier

Le gouvernement a donné un signal très fort à ce sujet, d’autant que la mise en œuvre des MAR depuis le 1er janvier dernier vise à encadrer l’octroi des aides financières initialement prévues dans la version 2024 de MaPrimeRénov'. Il faut maintenant convaincre les ménages, notamment les plus vulnérables, que les MAR jouent un rôle fondamental pour identifier les risques de fraudes.

« Un retour aux aides d’État pour les mono-gestes est de nature à remettre en cause le bon séquençage et l’efficience des projets engagés par les particuliers. »

Réactions face au retour des mono-gestes
Juliette Laganier

C’est l’une des modifications substantielles dans l’architecture des aides qui nous préoccupe énormément, tout comme la fin du DPE obligatoire pour tous les logements, y compris ceux étiquetés F et G [l’obligation de recourir à une rénovation d’ampleur pour cette typologie de logements a été reportée au 1er janvier 2025 : Ndlr]. D’autant que ce changement de braquet a été mené sans concertation avec l’ensemble des parties prenantes dont SoliHa et les collectivités locales. Notre “Mouvement” estime qu’un retour aux aides d’État pour les mono-gestes est de nature à remettre en cause le bon séquençage et l’efficience des projets engagés par les particuliers. Est-ce un changement de modèle qui perdurera ? En tout cas, faisons attention à ce que les nouvelles règles restent temporaires et ne soient pas contreproductives en termes de résultats et de performances énergétiques réelles. Nous appelons le gouvernement à la plus grande vigilance quant aux effets des choix qui viennent d’être faits et restons à sa disposition pour construire collectivement un cadre sécurisé pour les ménages.

Stabiliser les règles
Juliette Laganier

Tout l’écosystème impliqué a besoin d’un cadre clair et stable pour être crédibles auprès du grand public. La filière doit aussi disposer, en concertation, d’une vision pluriannuelle des objectifs en s’appuyant sur une méthodologie d’évaluation.

Stéphane Vigliandi
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