"La mixité énergétique permet d'accélérer la décarbonation"
Alors que la transition énergétique du bâtiment est souvent pensée uniquement sous l’angle d’une électrification massive, GRDF plaide pour une approche plus pragmatique, fondée sur la complémentarité des énergies, l’ancrage territorial et la sobriété. Jean-Jacques Raidelet, directeur des marchés, détaille la stratégie du distributeur autour du développement des gaz verts, le rôle des PAC hybrides et les limites des dispositifs actuels de soutien public.
La décarbonation fait aujourd'hui consensus dans l'ensemble de la filière énergétique, avec un objectif partagé de neutralité carbone à l'horizon 2050. Là où les approches divergent, c'est sur les moyens d'y parvenir. Pour GRDF, la réponse ne peut pas être une électrification totale et centralisée, mais repose sur une logique de mixité énergétique, plus robuste techniquement, économiquement et territorialement.
Le gaz vert s'inscrit pleinement dans cette vision. Issu majoritairement de la valorisation des déchets agricoles, le biométhane constitue un levier de décarbonation à la fois énergétique et économique pour les territoires. La France est un pays très agricole, avec des potentiels très variables selon les régions. Certains territoires, comme la Bretagne, disposent d'un gisement particulièrement important, qu'ils souhaitent produire et consommer localement.
GRDF structure sa stratégie autour de trois piliers : la réduction de ses propres émissions, le développement des capacités de production de gaz verts et l'accompagnement des clients dans la baisse de leurs consommations. Sur ce deuxième axe, l'ambition est claire : atteindre 20 % de gaz vert dans les réseaux en 2030, puis 100 % à l'horizon 2050. Un objectif jugé ambitieux mais crédible, au regard de la trajectoire déjà engagée : la précédente PPE visait 6 TWh de biométhane, un seuil dépassé avec 12 TWh injectés dès 2024.
Au-delà du biométhane, d'autres gaz renouvelables viendront compléter le mix. Mais cette montée en puissance n'a de sens que si elle est couplée à une démarche volontariste de sobriété et d'efficacité énergétique. Personne de raisonnable ne peut penser atteindre la neutralité carbone sans réduire les volumes consommés.
Dans le bâtiment, la question des pointes de consommation électrique constitue un enjeu central. Les épisodes de grand froid mettent régulièrement en tension le système électrique, avec des appels de puissance très élevés. À l'inverse, le réseau gaz, grâce à ses capacités de stockage et de distribution, reste capable d'absorber ces pics.
C'est dans ce contexte que GRDF promeut les systèmes hybrides, associant pompe à chaleur et chaudière gaz à haute performance. En fonctionnement courant, la PAC couvre l'essentiel des besoins. Lorsque les températures chutent et que les performances thermodynamiques se dégradent, le relais est assuré par le gaz.
Cette configuration permet de limiter la puissance électrique installée, réduisant à la fois le coût des équipements et celui des infrastructures de réseau. Elle offre également une grande flexibilité d'usage, renforcée par les compteurs communicants et les offres tarifaires à “pointe mobile”, qui incitent à arbitrer entre électricité et gaz selon les périodes. Les technologies embarquées pilotent automatiquement le recours à l'énergie la plus pertinente, au meilleur moment.
Autre avantage : la capacité de ces systèmes à accélérer la décarbonation à budget constant. Là où une solution tout électrique permettrait de traiter un nombre limité de bâtiments, l'hybridation rend possible une rénovation plus large du parc, avec des gains carbone significatifs à court terme. Une logique particulièrement pertinente pour la sortie du fioul, encore très présent dans certains bâtiments et territoires.
La question des aides publiques reste un sujet sensible. Si la future PPE fixe un objectif de 44 TWh de biométhane à l'horizon 2030 totalement raisonnable, la question du financement dans la durée demeure entière. Les aides ne sont jamais virtuelles : elles se retrouvent soit dans les comptes de l'État, soit sur la facture des consommateurs.
L'instabilité des dispositifs – CEE, MaPrimeRénov', TVA – complique la lisibilité pour les acteurs et peut conduire à des choix industriels contradictoires. Il est permis de s'interroger également sur la pertinence d'un soutien massif et prolongé à certaines technologies arrivées à maturité. Subventionner une solution émergente se comprend. Le faire pendant vingt ou trente ans pose question.
L'enjeu n'est pas tant d'opposer les énergies que de soutenir des solutions réellement adaptées aux besoins du marché : sobres, flexibles et décarbonées. La monovision ralentit la décarbonation ; la mixité permet de l'accélérer.
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