« Nous comptons sur l’intelligence collective »

, mis à jour le 13/01/2026 à 12h15
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Laetitia Brottier et Jérôme Mouterde, cofondateurs de Dualsun

Entrepreneurs par conviction, Laetitia Brottier et Jérôme Mouterde, cofondateurs de Dualsun, racontent la construction progressive de l’entreprise, entre intuition technologique, apprentissage par l’échec et goût du collectif. Une vision engagée tournée vers l'innovation et guidée par une culture de la remise en question permanente.

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Quel a été votre parcours avant de vous lancer, ensemble, dans l’aventure de l’entrepreneuriat ?

L. B. : Notre parcours avant la création de Dualsun est avant tout un parcours d’étudiants. Nous étions dans la même prépa scientifique, à Saint-Louis, à Paris, en 2003, et nous nous sommes retrouvés deux ans plus tard à l’École Centrale Paris, désormais CentraleSupélec. Dualsun est né sur les bancs de Centrale. En 2006, on a d’abord eu un premier engagement commun, au Cambodge, sur une mission d’aide au développement rural de la Caritas. J’ai enchaîné avec des stages en Chine et au Mexique, puis au CEA. Tournée vers l’inconnu et guidée par un esprit indépendant, j’ai eu très tôt cette idée d’innovation du solaire hybride.
J. M. : Pour ma part, j’ai fait un stage à Londres chez Bouygues Construction, puis pendant quatre mois j’ai marché en solo jusqu’à Jérusalem ! De quoi me forger une autre idée du monde. C’est à ce moment-là que j’envisage l’entrepreneuriat comme un nouveau défi, un long voyage supplémentaire qui se franchit par étapes.

Comment vous est venue l’idée de créer Dualsun ?

L. B. : En 2008, le solaire était alors balbutiant, et au-delà des 12 % de rendement photovoltaïque à l’époque, je voyais surtout les 88 % de gâchis énergétique. Je profite de mon stage au CEA pour me plonger dans la littérature scientifique, et découvrir les premiers succès et échecs des expérimentations d’hybridation. De quoi me donner envie de tester ma première idée d’un échangeur plat pour maximiser la récupération de chaleur sous les cellules.
J. M. : Son expérience dans le domaine amène très vite à penser une solution solaire pour le bâtiment. C’est le croisement de cette double expertise en énergétique et en bâtiment qui amène à la création de Dualsun (baptisée Solaire 2G à l’époque !).

Bio express Laetitia Brottier

• Âge : 39 ans.
• Études : diplôme d’ingénierie et d’entrepreneuriat à l’École Centrale Paris et doctorat en énergie à l’École normale supérieure Paris-Saclay.
• Postes occupés : cofondatrice de Dualsun ; vice-présidente du syndicat professionnel Enerplan.
• Autres occupations : coach d’une équipe de foot jeunes depuis 2018 ; membre de Solar Heat Europe ; cofondatrice de l’association SolSolidaire.

Bio express Jérôme Mouterde

• Âge : 39 ans.
• Études : ingénierie à Centrale-Supélec et entrepreneuriat à Centrale/ESCP.
• Postes occupés : cofondateur et CEO de Dualsun.
• Autres occupations : trail et wing.

À quelles difficultés avez-vous fait face lors des premières années ?

L. B. : Les premières tentatives sur les échangeurs sont des échecs, il nous faudra recommencer plusieurs fois avant de réussir à fiabiliser un concept viable. Nous avons eu la chance d’être très rapidement soutenus par l’IUSTI Polytech Marseille qui nous a mis ses locaux et des logiciels de calcul à disposition, l’incubateur Impulse, le Réseau Entreprendre et un dispositif jeunesse du département.
J. M. : Dans l’attente d’un produit qu’on puisse vendre, nous avons orienté tout de suite nos services comme bureau d’études, ce qui nous a amené à monter en compétence dans le secteur, et aussi à pouvoir financer nos innovations avant la première levée de fonds.

À travers les solutions que vous proposez, vous apportez votre contribution pour décarboner. En quoi la transition environnementale occupe-t-elle une place importante pour vous ?

J. M. : Depuis le début, une vision d’autonomie et d’énergie consommée sur place est centrale dans ma réflexion sur le monde du bâtiment.
L. B. : C’est la question de l’impact de l’énergie sur la planète qui m’a amenée à me spécialiser en énergétique, avec l’envie de changer le monde à travers du solaire amélioré. C’est aussi ce qui m’amène aujourd’hui à animer des ateliers Fresque du Climat et INVBC (Inventons Nos Vies Bas Carbone) sur mon temps libre. Apprendre, comprendre et inventer, faire connaître, et créer-participer au commun m’ont toujours enthousiasmée.

L’offre produits a évolué au cours du temps. Ce qui indique une vision stratégique en constante progression, et une remise en question permanente. Je me trompe ?

L. B. : J’adore le secteur du solaire, car comme dans l’informatique il y a quelques années, les évolutions technologiques sont extrêmement rapides et visibles à vue d’œil : c’est un écosystème tellement bouillonnant et des idées en émergent sans cesse…
J. M. : Je suis dans une perpétuelle remise en question, à l’écoute des nombreux installateurs que nous avons la chance de fédérer au sein du réseau Dualsun, mais aussi des clients qui nous interpellent : est-ce que nous pouvons apporter plus de confort, être plus utile pour accélérer le développement du solaire sur bâtiment. J’ai toujours eu l’intuition d’une entreprise très connectée “digital native”, ce qui nous donne une dimension unique dans l’appréhension de ce qu’on peut apporter.

« Chez Dualsun, nous sommes en perpétuelle remise en question. »

Dualsun a beaucoup grandi depuis ses débuts. Vous avez embauché, ouvert des centres de formation... Où en est l’entreprise aujourd’hui ?

L. B. : Dualsun déploie sa récente offre MAX. C’est la première fois que nous abordons pleinement le marché du chauffage de locaux avec cette offre de pompe à chaleur solarothermique 100 % made in France. C’est une grande satisfaction de s’attaquer directement aux chaudières fossiles, et nous entrons pleinement dans le Coup de pouce Chauffage et MaPrimeRénov’. La moitié de la consommation énergétique de l’Europe, c’est pour chauffer, et il y a encore 6 millions de chaudières à remplacer rien qu’en France, nous avons encore du travail devant nous !
J. M. : Les cartes sont rebattues actuellement dans le solaire, avec des injonctions parfois floues et contradictoires. Chez Dualsun, nous avons continué à faire de l’innovation la pierre angulaire, avec des panneaux toujours plus bas carbone complétés par une gamme connectée, et nous continuons à nous positionner comme un acteur capable de transformer le secteur solaire grâce à notre réseau de plus de 600 installateurs déployés sur le territoire français, mais aussi un réseau de distributeurs à l’international avec de plus en plus de ventes de solaire hybride à l’export.

Comment créez-vous une ambiance de travail sereine, alors que la boîte est en constante évolution et en recherche de performance ?

L. B. : Ce n’est pas toujours facile, mais nous comptons beaucoup sur l’intelligence collective, toute l’équipe est très impliquée et œuvre à sa mesure pour que le solaire se déploie. Il y a une vraie bonne humeur et une joie dans nos liens, tout en étant animés de l’ambition de réussir ensemble et avec les autres acteurs du solaire, un challenge plus grand que nous.
J. M. : Nous avons une vraie exigence de qualité, de robustesse. L’entreprise a une forte culture de l’écrit pour tracer et pouvoir travailler en asynchrone ou à distance, mais aussi une culture de l’intégrité et de la transparence. Chez Dualsun, nous n’avons rien à cacher. Nul n’est parfait, mais nous avons à cœur de nous améliorer et pas à pas de prendre des risques et progresser ensemble.

Quels conseils pour les jeunes qui voudraient se lancer dans l’entrepreneuriat ?

L. B. : Fonce, garde les yeux ouverts et laisse-toi surprendre ! C’est quand on aime encore manger des pâtes matin, midi et soir que c’est encore le plus facile de se lancer. N’oublie pas qu’apprendre, c’est d’abord oser se tromper et se corriger pour réussir. Construire ce qui nous tient à cœur est un beau cadeau pour soi mais aussi pour le monde.
J. M. : Je me suis toujours beaucoup inspiré des nombreux entrepreneurs qui témoignent des solutions qu’ils ont trouvées avant nous, c’est très utile de partager et d’enrichir son projet en faisant des liens avec son propre domaine de prédilection.

Dualsun en bref

• Siège et centre de R&D : Marseille.
• Usines : Jujurieux (près de Lyon) et Chine.
• Centres de formation : Marseille et Rillieux-la-Pape (près de Lyon).
• CA : 40 M€ (2024).
• Part de marché : 20 % des installations résidentielles françaises en 2025 (source Enedis).
• Installations dans le monde : 100 000 (20 % en hybride).
• Effectifs : 40 collaborateurs.
• Brevets : 10 familles de brevets déposées.

Rédacteur en chef de Zepros Énergie et Zepros Réno, expert de la transition énergétique dans le bâtiment.
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