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[Rachat] Protecthoms passe au Grand Comptoir (Legallais)

Stéphane Vigliandi
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Sur un marché français des EPI (tous métiers confondus) évalué entre 1 Md€ et 1,25 Md€ par an, la concentration de la distribution monte encore d’un cran. En reprenant le multispécialiste indépendant Protecthoms, le groupe Grand Comptoir (Legallais, Bricozor, DFC²…) affiche sa volonté de « renforcer son expertise » dans un univers extrêmement normé.

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PHOTOFondateur du groupe Protecthoms en 1993, le PDG Laurent Lairy (à gauche) vient de céder son entreprise (46 M€ de CA 2020) à Grand Comptoir qui détient, entre autres, l’enseigne spécialisée en quincaillerie et plomberie Legallais. Il accompagne jusqu’à fin décembre 2021 cette intégration effective depuis ce 3 juin. Tout en conservant son autonomie, Protecthoms bénéficiera de « nouveaux moyens » et d’effets de synergies (achats, supply chain…). DG de Grand Comptoir, Philippe Nantermoz (à droite) va piloter l’actuel comex de Protecthoms.

Sur le marché hexagonal des EPI*, le paysage de la distribution BtoB continue de se transformer de la tête aux pieds. Et le mercato se poursuit dans une filière très concurrentielle où les dimensions conseils et services associés restent fondamentales.

Fin 2019, le groupe Adeo (Leroy Merlin, Bricoman, Weldom…) avait sonné la fin de partie en cédant le groupement d'indépendants EPI Center. En rejoignant le Groupe RG, le réseau de “textiliens” qui vise les 100 M€ de chiffre d’affaires d’ici à fin 2022, a apporté à l’ETI lyonnaise une complémentarité en termes d’expertises métiers et de portefeuille clients notamment.

Si le périmètre du groupe Protecthoms, lui, reste deux fois moins élevé (46 M€ de chiffre d’affaires revendiqué en 2020) comparé à EPI Center (± 90 M€), son rachat par Grand Comptoir est stratégique sur plusieurs aspects, mais également “symbolique”.

En annonçant, ce lundi 7 juin, dans un communiqué commun que « Protecthoms rejoint le Groupe Grand Comptoir », les deux entreprises familiales « à visage humain » estiment désormais être « dimensionné[e]s pour jouer un rôle essentiel dans la structuration de la filière EPI en phase de structuration ».

À même pas 54 ans, Laurent Lairy, le fondateur et PDG du groupe Protecthoms, indique avoir pris « une décision importante, mûrement réfléchi depuis dix-huit mois », selon le communiqué. Sur ce dossier de rachat, Grand Comptoir n’était pourtant pas le seul candidat en lice – loin s'en faut.

Qu’est-ce qui a fait la différence ? À la tête de l’entreprise qu’il a fondée voilà vingt-huit ans et actionnaire majoritaire, Laurent Lairy cède ses parts ce 7 juin 2021 à Grand Comptoir : une ETI familiale qu’il a « choisie », car la jugeant « en phase avec les valeurs de Protecthoms et de son engagement RSSEE [responsabilité sociale, sociétale, environnementale et économique] » – l’un des marqueurs forts qui anime depuis plusieurs années le groupe basé à Château-Gontier, en Mayenne.
* Chiffres évalués par une majorité de fabricants d’EPI référencés en France. Dans un publi-communiqué paru le 31 mars 2019 dans le quotidien Libération, Antoine Fabre, le délégué général du Synamap, estimait « le chiffre d’affaires global des EPI [en France] entre 1,2 et 1,5 Md€ » par an.

“Vestiaire” complet et batteries de services associés

Bien que sa fille Audrey dirige le point-services Protecthoms à Caen (Calvados), Laurent Lairy a finalement privilégié « l’intérêt général et patrimonial à l’intérêt familial, d'autant que nous avions multiplié les opérations de croissance externe ces dernières années [rachats de grossistes indépendants, 150 k€ investis dans un dispositif de décontamination en double contrôle des EPI de classe 3, recrutements pour l'activité SAV-Maintenance, etc.] ».

Sa décision tranche avec les choix de sociétés indépendantes du négoce Bâtiment où la transmission familiale reste encore très ancrée (voir notre dossier “Transmission d’entreprise” paru dans Zepros Négoce #5, avril-mai 2017). Engagé depuis 2018 dans le projet “Ambition 2025”, le groupe familial n'a d'ailleurs jamais caché son souhait de « devenir “la” référence sur le marché des EPI » en France où le nombre d'agences spécialisées a triplé en dix ans, confiait à Zepros il y a trois ans son PDG.

À l’époque, le dirigeant visait les 100 M€ de chiffre d’affaires d'ici à 2025 – soit… deux fois plus qu’en 2020. En révélant fin 2018, lors du salon Expoprotection, la nouvelle identité de marque du réseau Master Pro Expert EPI rebaptisé Securom, c’est déjà dans cette même logique que la centrale Cofaq annonçait alors vouloir « asseoir son expertise sur un marché jugé porteur ».

Ce rachat de Protecthoms jugé « fondamental » par Philippe Nantermoz, désormais DG de Grand Comptoir et président de Legallais, va d'ailleurs permettre à l’ETI normande, entre autres, d’étoffer sensiblement l'offre EPI qui, jusqu’à présent, était considérée « encore trop peu exploitée auprès de [ses] clients BtoB » – que ce soit notamment pour son vaisseau-amiral Legallais et le site marchand Bricozor qui, lui, a pris le virage BtoB début 2019. Actuellement, Protecthoms affiche environ 23 000 références en catalogue sur l’ensemble de ses six univers métiers, ainsi que douze services associés dits “premium” : formations aux EPI, audits, sérigraphie et broderie, etc.

Promoteur labellisé du “Made in France”

Sur le plan de la mutualisation des achats et des fournisseurs notamment, « l’analyse précise n’a pas été encore faite », souligne le DG de Grand Comptoir. Mais il y aura « probablement des synergies possibles » entre Legallais, Bricozor, « voire DFC² » et Protecthoms. Autres cartes maîtresses de la PME rachetée ? Il y a son atelier de contrôle des EPI de classe 3 situé en Mayenne et, depuis mi-2018, un tunnel de décontamination des EPI de la sous-section 4 (risque amiante).

Dans cet écosystème, le repreneur intègre aussi L’Ascenseur Confection. Implanté à Merville, dans le Nord, « le berceau du textile français » comme aime à la rappeler Laurent Lairy, cet atelier de confection de vêtements de travail avait été racheté par le groupe Protecthoms à l’automne 2018. En début d’année, la PME (25 salariés) a décroché le label Origine France Garantie (OFG) et l’AOC régionale Nord Terre Textile.

Sur son site internet et les réseaux sociaux, le confectionneur qui célèbre cette année ses 101 ans, vient d'annoncer une nouvelle collection baptisée “1920” qui sera « entièrement façonnée en France ». Sortie prévue à la rentrée prochaine. « Cette entité est au cœur du projet RSE de Protecthoms et donc désormais de Grand Comptoir. Elle sera une pièce maîtresse de notre futur dispositif avec son label OFG », confie Philippe Nantermoz.

Un atout qui pourrait également intéresser ses deux confrères – les groupes Setin et Trénois-Decamps – avec qui Legallais vient de cofonder la centrale LTS ? Il est sans doute un peu tôt pour l’affirmer. En attendant, c’est un groupe familial « en pleine santé et rentable » que le normand Grand Comptoir vient d’intégrer.

Selon Laurent Lairy dont l’entreprise n’a « jamais autant investi dans sa démarche de RSSEE, nos résultats sont en hausse d’environ +20% depuis trois ans, tout comme le volume d’affaires qui progresse de +12 % tous les ans ». Quoi qu’il en soit, les deux groupes – tous deux membres du Global Compact France – revendiquent désormais constituer « une force de frappe importante sur le marché des EPI ». Et affichent de concert « une volonté commune » : « Continuer à grandir de façon raisonnée et “avec la manière” », préviennent-ils dans leur communiqué. Si le montant de la transaction n’est pas révélé, le prix de la transaction aurait été réalisé « à un prix correct de marché », selon nos informations.

Les chiffres-clé du nouveau périmètre Grand Comptoir

Après intégration du groupe Protecthoms (GP) effective depuis le 3 juin 2021, le groupe Grand Comptoir (GGC) représente : 

• 366 M€ HT de CA 2020 (GP : 46 M€ ; GGC : 320 M€) et une visée 2021 à « plus de 400 M€ »

• 43 points de vente : 23 agences Legallais, 5 agences DFC², 1 comptoir Pièces Express, 13 points-services Protecthoms (dont 1 à La Réunion et 1 à Tournai en Belgique) et 1 agence W+M à Berlin

Environ 1 500 collaborateurs (GP : 200 salariés ; GGC : ± 1 250 salariés)

• Outil logistique : 15 000 m² pour GP et 31 000 m² pour GGC (la construction d’un nouveau hub Legallais de 45 000 m² doit être lancée en 2022 ; le plan de stock passant, dès 2023, de 50 000 références à une base d’environ 70 000 articles)

Stéphane Vigliandi
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