En 2025, Adeo a fait la pluie et (surtout) le beau temps sur le marché du bricolage
CONJONCTURE • En 2025, le chiffre d’affaires des GSB recule seulement de -1,4 %, contre -4,3 % en 2024. C’est un mieux, mais cela fait quand même trois années négatives consécutives, avec un chiffre d’affaires d’environ 21,8 Md€. Il faut retenir que le groupe Adeo est le seul à progresser (+1 %). Et comme il pèse désormais 51 % du marché, c’est lui qui porte l’essentiel du redressement. Côté produits, la GSB a pu compter sur la résilience du jardin, du rayon Électricité et Climatisation.
Les chiffres délivrés par la FMB (Fédération des magasins de bricolage) sont basés sur les sorties de caisse, sauf celles du groupe Cofaq et de Brico Leclerc, qui ne rentrent plus dans le panel. Le premier tableau frappant est celui des progressions de chiffres des enseignes : toutes gagnent moins en 2025 qu’en 2024 : entre 30 M€ et 100 M€ par enseigne.
Seuls Leroy Merlin et Weldom parviennent à améliorer leur activité ventes de quasiment de 160 M€. Et quand Leroy Merlin – qui pèse trois fois plus que Castorama en termes de chiffre d’affaires – progresse de 0,6 %, il endigue à lui seul l’hémorragie globale du marché et fait se redresser les “Big Box”. Castorama, lui, chute de 3,2 % en 2025 : un repli plus élevé que le marché.
Le format Dépôt très pénalisé
Quand la FMB note que les formats dépôts (entre 4 000 et 10 000 m²) sont ceux qui plongent le plus (-3,3 %) en 2025, c’est davantage à cause de Bricoman (-5,9 %, à 775 M€ de CA), Bricocash (-8 %, à 345 M€) et autres Bricorama (-7,9 %, à 479 M€) que de l’enseigne Brico Dépôt qui résiste à -2,1 % (2,6 Md€).
Rendons toutefois justice à Kingfisher ! Si Leroy Merlin a distancé Castorama en vingt-cinq ans, Brico Dépôt en a fait de même avec Bricoman et pèse lui aussi trois fois plus. Les formats de proximité (< 4 000 m²) ont en moyenne reculé de 2,1 %.
Dit tel quel, le magasin local de bricolage peut donner l’impression de ne plus marcher. Mais, là encore, il ne faut pas tirer de conclusions hâtives. Tandis que Mr.Bricolage recule de 4,8 % et que Bricomarché freine à -2,1 %, Weldom caracole et progresse de 8 % à 1,36 Md€.
D’ailleurs, ce réseau pèse désormais plus lourd que Mr.Bricolage au périmètre de cette seule enseigne, dont le chiffre d’affaires atteint 1 234 M€. En résumé, le Weldom d’Éric Béchu représente 6,2 % du marché contre 5,7 % pour Mr.Bricolage. Mais là encore, il y a illusion d’optique car, en consolidant les affiliés Mr.Bricolage et le format Relais, le groupe pèse 8,1 % du marché.
Quatre groupes trustent 98 % du marché du bricolage : Adeo (51 % de pdm, à +1 % en 2025 vs 2024), Kingfisher, le groupement Les Mousquetaires (ITM Équipement de la maison) et le groupe Mr.Bricolage.
Comme le rappelle la FMB, quatre groupes du secteur trustent 98 % du marché du bricolage, sachant qu’Adeo croque plus de la moitié du gâteau (51 %) à lui seul, toujours en progression (+1 %), tandis que Kingfisher représente quasiment un quart du marché (24,7 %) malgré un recul de 2,7 %. Le dernier quart se partage entre le groupement Les Mousquetaires (14 %) et le groupe Mr.Bricolage.
Mais qu’on se rende bien compte : sur les 21,8 Md€ du marché, Leroy Merlin garde pour lui quasiment 9 Md€. C’est énorme, et tout cela sans compter sa marketplace. L’enseigne, sous la houlette d’Agathe Monpays, a donc opéré un redressement spectaculaire après une année 2024 difficile.
Très en forme, l’e-commerce à +7 %
En ce qui concerne les sites marchands des enseignes (click & collect ou LLD), le secteur e-GSB progresse bien sûr, avec des ventes en hausse de 7 % par rapport à 2024, alors que les ventes en magasin reculent de 1,9 %. Mais, en termes de parts de marché, « ça ne casse pas trois pattes à un canard ».
Hors marketplaces, la part des achats effectués en ligne dans les réseaux de GSB atteint péniblement 6,2 % du chiffre d’affaires 2025, à comparer, par exemple, aux 35 % de parts de marché de l’e-commerce dans les biens techniques et durables (petit et gros électroménager, informatique-bureautique, télécoms, électronique grand public et photo) en 2025.
Juliette Lauzac, l’autrice de cette étude fouillée réalisée sous l’égide de la FMB et d’Inoha, y voit des raisons liées à la nature des produits, souvent pondéreux, volumineux, fragiles ou difficiles à expédier (éviers, blocs béton, plaques de plâtre…). « Dans de nombreuses situations, le passage dans un parc matériaux s’avère plus facile et/ou plus économique pour le consommateur », rappelle-t-elle.
Électricité et clim’ au beau fixe
Côté produits, le tableau est vite résumé : tout baisse hormis le chauffage et l’électricité. Et là encore, il y a comme un faux ami : quand il s’agit de chauffage, il faut plutôt parler de climatisation et de ventilation dont les ventes en valeur ont bondi de 18 % pour peser désormais 23 % des ventes du rayon.
Fin mai et juin 2026 rappellent, au vu des ventes réalisées, que les Français ne sont toujours pas équipés. En tout cas, en 2025, le secteur Chauffage a progressé de 3,3 % et, si le rayon Électricité est resté lui aussi positif, c’est plus modestement (+0,6 %).
Et ce n’est plus grâce aux panneaux photovoltaïques ! Le soufflé est retombé. Passée d'environ 2 M€ à 18 M€ en deux ans (entre 2022 et 2024), cette famille recule de 36 % en 2025 et revient à son niveau de 2023, soit 12 M€.
La Décoration trébuche encore
Les neuf autres secteurs passés en revue sont donc en retrait, entre 1 % et 3,5 %, avec une mention particulière pour la décoration qui n’en finit plus de s’enfoncer. FMB et Inoha ne manquent pas de rappeler que, si tout a fortement progressé depuis 2019, ce n’est pas le cas de l’activité Décoration puisque les GSB accusent près de 10 % de chute sur ce segment en six ans.
Comme le sifflotait l'acteur Édouard Baer en animant le Festival de Cannes : « Mais que s’est-il passé ? À quel moment ça a m[…] ? Là, la notion d’ombre et de lumière est forte... » . En réalité, une partie des ventes du marché de la décoration (coussins, voilages…) a filé chez d’autres acteurs discount (La Foir’Fouille, Action, Centrakor, Temu).
On pourrait imaginer que les GSB se rattrapent en quelque sorte avec les ventes réalisées dans les rayons cousins de l'univers Déco', à savoir les revêtements de murs et sols (-2,3 %) ou encore la peinture-droguerie-colles (-1,0 %). Mais, tous sont négatifs en 2025. Certes dans une moindre mesure, mais 2025, décidément, le cœur n’était pas à la déco.
Si tous les secteurs ou presque sont en baisse, ils ne pèsent pas tous le même poids en termes de chiffre d’affaires. La plomberie, la salle de bains et la cuisine rapportent à elles seules 3,4 Md€ sur les 21,8 Md€ du marché.
C’est deux fois plus que l’outillage ou les revêtements. Des trois rayons de ce secteur, c’est celui de la plomberie qui progresse (+1 %). La cuisine est stable, ce qui est déjà une bonne nouvelle, tandis que la salle de bains qui représente 43 % du secteur, plonge de 4 %. Quoi qu'il en soit, en 2025, les Français sont restés plutôt frileux au chapitre des projets de rénovation ou d'aménagement intérieur et extérieur.
Ventes stables en isolation
Autre poids lourd des GSB : le jardin qui, là encore, dépasse les 3 milliards (3,2 Md€) et qui, qui plus est, a failli être positif en 2025 avec un recul minime de 0,2 %. Les grandes surfaces de bricolage restent bien les premières pourvoyeuses de produits de jardin manufacturés, avec cette année un carton dans le rayon plein air et, bien sûr, l’arrosage.
En revanche, là comme ailleurs, les ventes d’outils à main (-6 %) ou motorisés (-4 %) se sont écroulées… Quand il ne pleut pas, ça ne pousse pas ! Et quand ça ne pousse pas, on ne coupe pas ! Sans doute les robots tondeuses ont-ils été les seuls à s’en sortir, mais l’étude FMB/Inoha ne le dit pas.
On comprend à la lecture des chiffres de ventes du secteur Bâtiment (-1,8 %) que certaines GSB brûlent d’envie d’augmenter leurs ventes aux professionnels, sinon parpaings et chevrons vont leur rester sur les bras.
Certes, c’est un peu exagéré mais, hormis les cloisons et isolations dont les ventes ont été stables (et elles pèsent quand même 43 % du secteur), le reste a baissé. Idem dans le secteur Bois-Menuiserie (-2,4 %), où aucun produit ne sauve la mise : fenêtres et portes extérieures (-2 %), menuiseries intérieures (-4 %), tasseaux et moulures (-2 %)… Tout chute !
Déception au rayon Outillage
Vecteur de flux en rayon et de marges, l’outillage (-2,8 %) et la quincaillerie (-2,6 %) ne sont plus ce qu’ils étaient. Les deux secteurs sont en baisse. La tendance que l’on avait vu naître autour des ventes de gros outils quasi professionnels, sans doute initiée par les “coups” promotionnels de Lidl, a pris un coup dans l’aile (-7 %).
L’outillage à main (-4 %) et l’électroportatif (-2 %) chutent aussi, sans que l’on sache s’il s’agit d’un transfert vers d’autres circuits de vente ou d’une tendance de fond qui pousserait à louer plutôt qu’à acheter.
Quant à la quincaillerie, les ventes sont en panne et l’on peut imaginer que c’est la baisse des projets de salles de bains et l’apathie de ceux de cuisine qui lui manquent pour décoller.