SGDB France accélère face aux nouvelles réalités du marché
Conjoncture, rénovation, adaptation climatique, intelligence artificielle… Le président de Saint-Gobain Distribution Bâtiment France, Olivier Mercadal, détaille pour Zepros les priorités d'Ambition 2035 et livre sa vision d’un marché en profonde mutation.
Début 2026, nous avons effectivement constaté un rebond sur la maison individuelle, mais il s'agit davantage d'un rebond technique que d'une véritable reprise. Il est moins important que nous l'espérions et reste très irrégulier. Les constructeurs de maison individuelle ont aussi tendance à étaler davantage leurs chantiers dans le temps, car ils anticipent déjà une stagnation voire une baisse de leurs ventes.
Concernant la rénovation, nous pensions que le marché allait au moins se stabiliser. Finalement, il reste légèrement négatif. Cette situation a été amplifiée, notamment par le conflit au Moyen-Orient qui a à nouveau entamé la confiance des ménages.
Dans les années antérieures, sauf épisode exceptionnel, si le marché était tendu, l’inflation restait faible, avec des hausses classiques et modérées des industriels. En 2026, le conflit au Moyen-Orient a recréé un choc inflationniste. Nous ne sommes évidemment plus dans la situation de 2022, mais nous assistons à une nouvelle hausse des coûts. Ce mécanisme est bien connu : lorsqu'une inflation repart, elle finit toujours par peser sur les volumes.
On le constate déjà. La rénovation s'est figée, les transactions immobilières repartent à la baisse, les ventes de maisons individuelles ralentissent de nouveau et la remontée des taux d'intérêt renforce cette tendance. Nous nous dirigeons donc vers une fin d'année très molle, avec des volumes probablement négatifs. Surtout, je ne vois pas aujourd'hui de véritable moteur susceptible de relancer durablement le marché avant les prochaines échéances politiques.
Je n'en attends pas d'impact particulier. Depuis longtemps, nous avons appris à ne plus juger les annonces mais les moyens qui les accompagnent.
Quand on regarde l'évolution des budgets des ministères sur les dix dernières années, le constat est très clair : la défense progresse d'environ 5 % par an, la sécurité et la justice de 4 %, l'éducation de 3 %, tandis que le logement n'augmente que d'environ 1 % par an. Cela montre bien que, malgré les discours, le logement n'est pas une priorité, dans les faits, avec toutes les conséquences que cela a.
Très clairement, le principal enjeu aujourd'hui est la rénovation énergétique. C'est là que se situe le potentiel.
Malheureusement, ce marché a été profondément déstabilisé par les changements permanents des politiques publiques. À force de modifier les règles, les dispositifs et les aides, on a martyrisé ce marché et aujourd’hui, il est figé, alors même que les besoins restent considérables.
« Il faut sortir de l’opposition entre atténuation et adaptation. Il faut les deux ! »
Oui, profondément. Jusqu'à présent, nous avons surtout raisonné en matière d'atténuation du changement climatique : réduire les émissions de CO₂, améliorer l'isolation, sortir des énergies fossiles. Tout cela reste indispensable.
Mais nous avons sans doute insuffisamment pris en compte un autre enjeu, celui de l'adaptation, également présente dans les rapports du GIEC. Les épisodes de chaleur seront plus fréquents, plus longs et plus intenses. Il faut donc adapter les bâtiments à ces nouvelles conditions.
L'adaptation passe notamment par l’isolation, la ventilation et une climatisation raisonnée. Cela peut être une question de survie. Il ne faut plus opposer adaptation et atténuation : nous avons besoin des deux.
La France entretient encore un rapport compliqué avec la climatisation, contrairement à d'autres pays européens comme l'Espagne ou l'Italie. Pourtant, avec les nouvelles générations d'équipements et le développement du photovoltaïque et donc de l’autoconsommation, beaucoup d'arguments avancés contre cette technologie ne sont plus d’actualité.
Il faudra naturellement développer les infrastructures électriques et piloter intelligemment ces équipements, mais les solutions techniques et technologiques existent.
« La rénovation énergétique, c’est l’une de nos priorités stratégiques dans le cadre d’Ambition 2035. Nous créons un écosystème pour y répondre. La rénovation c’est le marché de demain ! »
Nous sommes convaincus que le neuf ne reviendra plus aux niveaux que nous avons connus auparavant. Le marché de demain sera donc celui de la rénovation. Certaines de nos enseignes étaient déjà très positionnées sur ce marché, comme La Plateforme du Bâtiment. D'autres, comme Point.P, plutôt portée sur le neuf, va devoir accélérer pour être plus performante sur la rénovation. La rénovation énergétique constitue l'une des priorités stratégiques de notre plan Ambition 2035.
Nous travaillons sur plusieurs leviers. La Plateforme du Bâtiment a développé tout un accompagnement autour de la rénovation énergétique autour du saut de DPE. Grâce à notre outil Cap Renov+, les professionnels peuvent construire plusieurs scénarios de rénovation à partir du diagnostic énergétique, en fonction des objectifs et du budget du client.
Nous faisons également évoluer notre organisation. Et l’articulation entre nos enseignes. Pendant longtemps, les métiers du pilier passif, l’enveloppe, et ceux du pilier actif, le génie climatique incluant la ventilation, travaillaient séparément. Ce n'est plus adapté aux attentes actuelles.
Nous faisons désormais collaborer beaucoup plus étroitement Point.P et Cedeo autour de projets de rénovation globale, pour contribuer à la coordination entre les différents corps d’état et entre les commerciaux des deux enseignes. Nous expérimentons actuellement une organisation dédiée dans plusieurs régions, autour de chargé d’affaires rénovation énergétique que l’on appelle les “Care”. L'objectif est de proposer une réponse complète intégrant le bâti, les équipements techniques, les performances énergétiques mais aussi le budget du client.
Nous sommes actuellement en test sur plusieurs régions avec l'ambition, à terme, d'en déployer un par département si les résultats sont concluants.
L'acquisition de La Maison des Travaux, il y a un an et demi, complète notre dispositif. Nous accompagnons les professionnels grâce à nos enseignes et nous apportons également une réponse aux particuliers avec La Maison des Travaux, dont près d'un quart de l'activité concerne déjà la rénovation énergétique. Nous construisons ainsi un véritable écosystème autour de la rénovation.
Malgré un marché difficile, plusieurs segments continuent de progresser. Bien sûr, il y a les pompes à chaleur et la ventilation. Face au confort d'été devenu un enjeu majeur, nous répondons aussi avec notre solution Terlian, issue de terre excavée. Nous voyons aussi un fort potentiel sur l'électricité. Nous comptons mieux l’exploiter au sein de Cedeo. L’intention n’est pas d’aller concurrencer les groupes leaders, mais nous pensons que nous avons une légitimité et que nous avons une marge de progression importante en renforçant progressivement une offre dédiée à l’électrification des usages.
Le marché de l'eau représente également un axe de croissance important, avec les solutions de récupération des eaux pluviales ou de gestion des eaux, travaillées par notre enseigne PUM.
Enfin, nous croyons beaucoup à la silver économie. Le vieillissement de la population constitue une évolution majeure. Adapter les logements pour permettre aux personnes âgées de rester chez elles le plus longtemps possible représente à la fois un marché en forte croissance et un véritable enjeu sociétal.
Chaque enseigne poursuit son propre modèle adapté à ses besoins. Aujourd'hui, le groupe compte un peu plus de 2 000 agences, un chiffre qui continue de progresser. Certaines enseignes poursuivent une politique d'ouvertures, comme Cedeo, Clim+, La Plateforme du Bâtiment, PUM, Sfic ou encore L’Asturienne. D'autres privilégient davantage les acquisitions ciblées. C'est notamment le cas de Point.P, dont l'objectif est de densifier son maillage territorial. À l'inverse, Dispano dispose d'un réseau arrivé à maturité.
Dans le contexte actuel, le réseau continue donc d'évoluer, avec des ouvertures dans les zones où le potentiel est identifié et quelques ajustements là où l'activité est plus faible.
Oui, c’est aussi un point important de notre Vision Ambition 2035. Parce que la question du pouvoir d'achat devient centrale, notamment pour les classes moyennes. La classe moyenne se paupérise, nous voulons lui répondre avec des offres qualitatives, dans un contexte d’inflation importante. Nos marques propres ne sont pas des produits d'entrée de gamme. Ce sont des offres qualitatives offrant un bon rapport qualité/prix. Elles représentent aujourd'hui environ 10 % de notre chiffre d'affaires et nous souhaitons doubler cette part dans les cinq prochaines années, en élargissant les gammes et en développant davantage d'innovations, en termes de durabilité et sobriété. L’offre Terlian de Point.P en est un bon exemple.
L'un des projets les plus avancés concerne la génération automatique des devis. Quelle que soit la forme de la demande du client, mail, photo, PDF, notre outil génère automatiquement un devis complet.
Nous réalisons près de quatre millions de devis par an. Les gains de productivité sont donc considérables. L'objectif n'est pas de remplacer les équipes mais de leur permettre de consacrer davantage de temps au conseil et à la relation commerciale. L'outil est actuellement testé dans environ 250 agences avec un excellent taux d'adoption.
Nous développons également des solutions permettant d'analyser automatiquement les échanges téléphoniques avec les clients afin d'identifier rapidement les points d'amélioration du service. Nous parlons de "vente augmentée" : l'IA vient assister les collaborateurs, pas les remplacer.
Nos fournisseurs ont beaucoup progressé sur l'évaluation de leur démarche RSE. Aujourd'hui, 99 % de nos fournisseurs partenaires sont engagés dans une démarche Ecovadis.
En revanche, nous attendons encore davantage sur les plans de décarbonation. Seul un tiers avait répondu à notre demande initiale. Nous avons relancé les autres récemment. Je suis confiant : tous travaillent désormais sur des feuilles de route qui s'échelonnent jusqu'en 2028-2030.
« L’ancrage territorial de SGDB France avec plus de 2 000 points de vente et plusieurs milliers de collaborateurs constitue un véritable atout pour le groupe Saint-Gobain. »
Les choses sont très claires. En France, il n'est absolument pas question de céder Saint-Gobain Distribution France, car SGDB France a toute sa place dans Saint-Gobain. Notre activité apporte de la valeur par ses performances économiques, ainsi que les nombreuses synergies possibles entre les enseignes et avec les activités industrielles du groupe.
À cela s'ajoute notre ancrage territorial avec plus de 2 000 points de vente et plusieurs milliers de collaborateurs. Cet ancrage constitue un véritable atout pour le groupe. Nous souhaitons d’ailleurs renforcer encore cet ancrage local. Notre réflexion : comment peut-on faire rayonner davantage nos agences localement ?
Je pense qu’il y a un retour en force des territoires, des villes moyennes. Beaucoup de Français recherchent davantage de proximité et de qualité de vie. Le commerce du Bâtiment reste avant tout un commerce local. Nos agences font partie de la vie des territoires. Elles peuvent devenir des lieux de rencontres entre artisans, collectivités, écoles ou associations. C'est cette proximité qui fait la force du négoce.
Cela fait quarante ans que les GSB cherchent à développer leur activité auprès des professionnels. Le marché français présente une particularité : la part des pros dans l’activité des GSB reste faible entre 10 et 15 % contrairement à d’autres pays européens comme l’Espagne ou le Royaume Uni. Pourquoi ? Parce que la France dispos d'un tissu artisanal très dense et d'un négoce extrêmement performant. Les professionnels recherchent avant tout une relation commerciale de proximité, la disponibilité des produits et l'expertise technique, et ensuite seulement le prix. Et c'est précisément l'ADN et la force du négoce. Nous respectons cette concurrence, mais nous restons convaincus que le modèle du négoce conserve des atouts très solides.
SGDB France en bref
Plus de 2 000 points de vente
Une vingtaine d’enseignes dont : Point.P, Cedeo, Asturienne, PUM, Sfic, La Plateforme du Bâtiment, Dispano, Clim+ et CDL Elec.
Effectif : 22 000 salariés environ