« Faire reconnaître le rôle des éconégoces dans l’essor des filières bio et géosourcées »
Alors que la distribution BtoB spécialisée dans les écomatériaux reste encore peu structurée en France, la Fédécomat entend organiser et promouvoir un secteur porté par la réglementation liée à l’écoconstruction, mais aussi pour répondre aux exigences croissantes de la société en matière de durabilité et d’empreinte écologique. Explications.
Aujourd’hui, nous sommes 32 adhérents, contre douze en 2024, équitablement répartis à l’exception des Hauts-de-France notamment où nous n’avons pas encore de représentants. Un nouveau négoce nous a rejoint début avril : la coopérative ielo axée sur l’isolation à base de paille. Selon nos estimations, il existe aujourd’hui entre 80 et une centaine d’éconégoces identifiés sur le territoire.
Notre charte d’engagement promeut les circuits courts, et encadre les activités et pratiques commerciales des adhérents qui ne doivent pas faire partie d’un groupement d’indépendants. La vente d’écomatériaux doit représenter, a minima, 70 % à 80 % du CA d’un magasin – une différence de taille comparée au négoce généraliste et multispécialiste où le biosourcé ne représente en moyenne pas plus de 20 % de leurs ventes.
Le marché est installé d’assez longue date en Allemagne, au Bénélux et en Scandinavie. La distribution spécialisée en écoconstruction n’y est pas forcément plus développée que chez nous, car le marché a été en partie préempté par des enseignes généralistes souvent nationales.
Les écomatériaux restent minoritaires en Europe, autour de 10 % à 12 % des volumes mis en œuvre. Mais leur progression est rapide. Portés par les enjeux carbone et les réglementations, ils deviennent une vraie alternative structurante face aux matériaux traditionnels.
« Les écomatériaux restent encore minoritaires en Europe, autour de 10 % à 12 % des volumes mis en œuvre. Mais leur progression est rapide. »
Notre filière manque encore de visibilité. L’Alliance éco-matériaux est un acte fondateur pour promouvoir l’écoconstruction à grande échelle et renforcer la souveraineté d’approvisionnement en écomatériaux. La Fédécomat est à l’initiative de cette démarche collective qui accueille quatorze autres organisations professionnels signataires (AICB, la fédération Éco-construire, Fibois France, le Réseau français de la construction paille…). L’Alliance est un levier pour développer l’usage de matériaux alternatifs qui présentent un double avantage : un faible taux de transformation industrielle et leur capacité à stocker le CO2 tout au long du cycle de vie du bâtiment.
En fédérant tous les maillons de la chaîne, l’Alliance veut peser sur le débat public. Nous plaidons entre autres pour l’adoption d’un taux de TVA réduit à 5,5 % sur les matériaux bio ou géosourcés. Nous souhaitons que soit instauré un bonus-malus carbone visant à favoriser les écomatériaux au détriment des filières carbonées. C’est un dispositif qui ferait sens dans un contexte budgétaire contraint.
Autre axe de travail : se rapprocher de notre aval, la Capeb et la FFB entre autres, pour évangéliser l’emploi du biosourcé auprès des TPE-PME. Il s’agit de sensibiliser, rassurer et former les artisans et maîtres d’ouvrage qui peuvent être réticents à changer leurs habitudes de travail.
Selon les familles de produits, il peut y avoir des écarts de prix sur certaines références – notamment en isolation – avec un niveau de marge un peu plus élevé comparé à un négoce de matériaux. Sur un marché maintenant mature et porteur, le différentiel s’atténue. En fait, l’analyse du seul coût au m2 masque souvent une réalité plus complexe.
Cet écart intègre aussi une dimension souvent invisible : le temps de conseil, l’accompagnement technique et la sécurisation des choix, qui sont au cœur du rôle des éconégoces. Il faut aborder le projet de travaux (neuf ou rénovation) de façon globale, et non pas poste par poste. Si l’on prend l’exemple de la RT 2012, la filière du Bâtiment a d’abord observé un surcoût temporaire de la construction durant la phase d’apprentissage qui a été assez vite amorti une fois les retours d’expérience intégrés.
Le seuil 2025 a déjà obligé à privilégier des matériaux bas carbone, à utiliser les FDES. Avec les seuils 2028 et 2031, il faudra réfléchir à la conception même des bâtiments, employer plus d’écomatériaux et solutions bas carbone. Compte tenu du durcissement progressif de la RE 2020, le biosourcé s’impose de plus en plus comme incontournable pour atteindre ces objectifs de seuils d’empreinte carbone et de confort climatique tout en répondant aux enjeux économiques de la construction de demain.
Ne faisons pas un procès d’intention aux écomatériaux ! S’il peut y avoir d’éventuels surcoûts, il faut les mettre en perspective avec l’ensemble des bénéfices concrets : en particulier la durabilité, la réduction des déchets, la facilitation du réemploi.
Fédécomat en bref
• 32 adhérents à fin juillet 2026.
• 36 points de vente.
• Environ 50 M€ HT de CA en 2025.