Frédéric Carré (FFB) demande des mesures de soutien face à la crise du Bâtiment
CRISE DU BÂTIMENT • Lors de sa première conférence de presse en tant que président de la Fédération française du Bâtiment (FFB), Frédéric Carré a dressé un constat particulièrement sombre de la situation du secteur. Entre effondrement durable de la construction neuve, recul de la rénovation énergétique, pertes d’emplois et fragilisation des entreprises, l’organisation professionnelle appelle le gouvernement à prendre rapidement des mesures de soutien.
Après une année 2024 déjà difficile, la filière du Bâtiment a connu en 2025 une nouvelle contraction de son activité, a tenu a rappelé Frédéric Carré, à peine installé dans le fauteuil de président de la FFB. À 193 Md€, le chiffre d’affaires du secteur a plongé de 5 % hors effet prix. La profession compte désormais 450 000 entreprises et 1,73 million d’actifs, mais a perdu 19 000 salariés en un an et 42 000 sur trois ans.
La crise touche particulièrement la construction neuve. Celle-ci ne représente plus que 39 % de l’activité totale du bâtiment, un niveau historiquement bas.
Le logement neuf pèse désormais seulement 20 % du marché, tandis que l’amélioration-entretien concentre 61 % de l’activité. La rénovation énergétique, pourtant au cœur des politiques publiques, ne représente qu’un peu plus du quart de ce segment.
Pour la fédération, le recul cumulé de plus de 12 % de l’activité entre 2022 et 2025 rapproche le secteur de la crise des années 1990, qui s’était traduite par la disparition de près de 300 000 emplois.
« La France ne retrouvera pas la croissance sans le Bâtiment. »
Des signaux toujours dégradés en 2026
Alors que les premiers mois de 2026 laissaient entrevoir un léger rebond, ce dernier est désormais compromis par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui alimentent les inquiétudes des donneurs d’ordres, renchérissent certains matériaux et pèsent sur les conditions de crédit.
Dans le logement neuf, la FFB estime que le rythme annuel des mises en chantier atteindra au mieux 321 000 unités en 2026, soit encore 35 000 logements de moins que la moyenne des quarante dernières années. Les permis de construire ralentissent, les ventes des promoteurs restent orientées à la baisse et les mises en vente s’effondrent, tombant à un niveau historiquement bas.
Le non-résidentiel n’échappe pas à la tendance. Les surfaces commencées demeurent inférieures de 30 % à leur moyenne de longue période et les autorisations reculent à nouveau. La FFB s’inquiète notamment des effets du cycle électoral municipal sur les investissements publics locaux.
Autre sujet de préoccupation : la rénovation énergétique. L’activité d’amélioration-entretien enregistre son sixième trimestre consécutif de baisse et la rénovation énergétique recule encore plus fortement. Dans ce contexte, la réduction des budgets de MaPrimeRénov’ et du Fonds vert apparaît, aux yeux de la fédération, en contradiction avec les objectifs affichés par l’État.
Emploi, apprentissage et trésorerie sous tension
La dégradation de l’activité se répercute sur l’appareil de production. Le secteur a perdu pas moins de 11 000 emplois supplémentaires au premier trimestre 2026 et près de 55 000 depuis fin 2022. La FFB critique par ailleurs les évolutions récentes des dispositifs d’allégements de charges, qui pénaliseraient les entreprises intensives en main-d’œuvre.
L’organisation s’inquiète également des réductions de financements destinés aux centres de formation d’apprentis (CFA), alors que les besoins en compétences demeurent importants dans le Bâtiment.
Sur le plan financier, les entreprises doivent faire face à une dégradation de leur trésorerie, à la hausse des coûts des matériaux et à des délais de paiement toujours jugés excessifs, notamment dans la commande publique. Les défaillances d’entreprises restent à un niveau élevé, avec plus de 13 000 procédures attendues en 2026 selon les projections de la fédération.
Un appel au gouvernement pour soutenir le marché
Face à cette situation, Frédéric Carré, qui alors candidat, se définissait comme un « président de combats » formule une série de demandes destinées à soutenir l’activité et préserver l’emploi. Elle appelle d’abord à l’adoption d’une véritable loi de finances pour 2027 permettant de maintenir les dispositifs jugés essentiels au secteur.
La fédération demande notamment la préservation du prêt à taux zéro (PTZ), le maintien du niveau de la réduction de loyer de solidarité (RLS) et des mesures favorisant la relance de l’investissement locatif, particulièrement affecté par la crise actuelle.
Elle réclame également une clarification rapide du financement de l’Anru 3, la publication des textes d’application relatifs à la TVA à 5,5 % sur certaines pompes à chaleur ainsi qu’un rétablissement du périmètre initial de MaPrimeRénov’, notamment pour les travaux de mono-geste.
La FFB plaide enfin pour un assouplissement des règles encadrant le crédit immobilier, la préservation des aides à l’apprentissage et des allégements de charges sur les bas salaires, ainsi qu’une accélération des réformes concernant la REP PMCB, la RE2020 et le Zéro artificialisation nette (ZAN).
Enfin, au-delà des revendications sectorielles, Frédéric Carré a voulu rappeler le rôle économique du bâtiment. S’appuyant sur les analyses de l’Insee, la FFB estime que la crise actuelle du secteur constitue l’un des principaux freins à la croissance française. Pour son nouveau président, relancer la construction et la rénovation est désormais une condition indispensable au redressement de l’économie et de l’emploi sur l’ensemble du territoire.
Les 12 combats prioritaires
- Mettre en place un observatoire public des coûts des produits et matériaux du bâtiment afin d'améliorer la transparence sur l'évolution des prix.
- Réformer en profondeur la REP PMCB, avec un recentrage sur les filières non matures, une meilleure visibilité sur les écocontributions et un renforcement des sanctions contre les éco-organismes défaillants.
- Limiter davantage la sous-traitance en cascade dans les marchés de travaux.
- Renforcer la trésorerie des entreprises en luttant contre les retenues abusives et les délais de paiement excessifs ou dissimulés.
- Simplifier l'accès des TPE et PME à la commande publique.
- Étendre les dispositifs de soutien à l'investissement locatif au logement individuel neuf et assouplir les conditions de travaux dans l'ancien.
- Assouplir les règles du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) afin de faciliter l'accès au crédit immobilier.
- Rétablir pleinement l'éligibilité des travaux d'isolation dans les dispositifs MaPrimeRénov'.
- Faire aboutir le projet de "maison commune de l'économie" réunissant chambres de métiers et chambres de commerce.
- Réformer le régime de la micro-entreprise et contester auprès des instances européennes la mise en œuvre française de la franchise de TVA.
- Assouplir les règles du ZAN (Zéro artificialisation nette) pour mieux répondre aux besoins de logement et de réindustrialisation des territoires.
- Préserver les allégements de charges patronales sur les bas salaires afin d'éviter leur érosion progressive avec les revalorisations du Smic.