« Confort d’été : de réelles perspectives de marché, mais une maîtrise rigoureuse des risques »
TRANSITION ÉNERGÉTIQUE • Face à la multiplication des vagues de chaleur, les travaux liés au confort d'été – isolation, protections solaires, ventilation, climatisation ou pompes à chaleur réversibles – connaissent un essor sans précédent. Mais ces nouveaux marchés s'accompagnent aussi de risques techniques et assurantiels que les entreprises du Bâtiment ne peuvent plus ignorer. Pour Karim Taalbi, DG d'April Partenaires, la réussite de cette transition passe autant par la maîtrise des techniques que par une couverture d'assurance parfaitement adaptée aux activités réellement exercées. Un enjeu déterminant pour sécuriser le développement des artisans à l'heure de l'adaptation des bâtiments au changement climatique.
Les vagues de chaleur à répétition sont-elles en train de transformer durablement le marché de la rénovation et des équipements de confort d’été ? Quels sont les travaux et les métiers qui bénéficient aujourd’hui le plus de cette évolution ?
Le confort d’été n’est plus un sujet secondaire : il devient un critère majeur de la performance des bâtiments. Aujourd’hui, près de 70 % des logements urbains protègent insuffisamment leurs occupants de la chaleur, les exposant à des épisodes de surchauffe de plus en plus fréquents. Longtemps, la rénovation énergétique a été pensée avant tout pour améliorer le confort d’hiver et réduire les consommations de chauffage. La multiplication des vagues de chaleur change désormais la donne : particuliers, bailleurs, syndics et entreprises recherchent des solutions permettant de maintenir des logements confortables en été, tout en limitant le recours à la climatisation et la hausse des consommations d’électricité.
Cette évolution crée de nouvelles opportunités pour les entreprises du bâtiment autour de deux grands marchés : l’amélioration du confort d’été (protections solaires, ventilation, rafraîchissement...) et les travaux d’isolation et d’équipements thermiques performants.
C’est un véritable levier de développement pour les artisans, alors que les attentes des particuliers évoluent rapidement sous l’effet du changement climatique. Entre pressions réglementaires, enjeux de confort et défis techniques, les professionnels du bâtiment ont un rôle central à jouer dans l’adaptation des logements. Encore faut-il que ces travaux soient correctement conçus, réalisés et couverts par des assurances adaptées afin de garantir leur qualité, leur durabilité et la protection de l’ensemble des acteurs.
Isolation, climatisation, pompes à chaleur réversibles, ventilation... Cette montée en puissance des solutions liées au confort d’été s’accompagne-t-elle de nouveaux risques techniques et de nouveaux types de sinistres ? Quels sont les principaux écueils que vous observez sur le terrain ?
Ces solutions touchent à l’équilibre global du bâtiment. Une isolation, une ventilation, une pompe à chaleur ou une climatisation ne peuvent être pensées isolément. Un bâtiment est un système : si l’on améliore un poste sans tenir compte des autres, on peut créer de nouveaux désordres.
Les principaux risques concernent des problématiques de condensation, d’humidité ou de moisissures, des nuisances acoustiques, des infiltrations liées aux percements ou aux fixations, ou encore des défauts de performance lorsque l’installation ne produit pas le confort attendu.
Les points de vigilance se situent donc avant tout aux interfaces : entre l’isolation et la ventilation, entre les menuiseries et les façades, entre les équipements techniques et le bâti existant. C’est cette approche globale qui permet de garantir à la fois le confort attendu, la durabilité des ouvrages et la maîtrise des risques.
Le risque, pour l’artisan, serait de sous-estimer la technicité de ces marchés. Ce sont des activités porteuses, mais elles exigent formation, qualification, respect des règles de l’art et couverture assurantielle adaptée.
La notion de « risque long » en assurance construction est souvent évoquée. Pourquoi est-elle particulièrement importante dans les métiers de la rénovation énergétique et des équipements thermiques ? Les conséquences d’un défaut de conception ou de mise en œuvre peuvent-elles apparaître plusieurs années après la réception des travaux ?
La notion de risque long est centrale en assurance construction, car certains désordres n’apparaissent pas immédiatement. Dans le bâtiment, un défaut peut rester invisible pendant plusieurs années, avant de se révéler.
C’est particulièrement vrai dans la rénovation énergétique. Une mauvaise gestion de l’humidité, une ventilation insuffisante, un pont thermique mal traité, un défaut d’étanchéité ou une installation thermique mal dimensionnée peuvent produire des effets progressifs : dégradation des matériaux, condensation, moisissures, surconsommation ou impropriété à destination des ouvrages.
La difficulté est que ces travaux interviennent souvent sur des bâtiments existants, avec des contraintes propres. C’est pourquoi l’analyse préalable, le devoir de conseil et la traçabilité sont essentiels.
La RC décennale a précisément vocation à répondre à cette logique de temps long, lorsque les désordres relèvent de son champ. Mais encore faut-il que l’activité exercée soit bien déclarée et que le contrat corresponde réellement aux travaux réalisés.
De nombreux artisans élargissent aujourd’hui leur activité vers l’installation de PAC, de systèmes de climatisation ou encore l’isolation thermique. Quelles sont les erreurs les plus fréquentes que vous constatez en matière d’assurance construction et de RC décennale ? Quels risques prennent les entreprises qui ne déclarent pas précisément leurs nouvelles activités ?
L’erreur la plus fréquente est de considérer qu’une activité proche de son métier habituel est automatiquement couverte par son contrat. Ce n’est pas toujours le cas. Installer une pompe à chaleur, poser une climatisation, réaliser une isolation thermique par l’extérieur ou intervenir sur un système de ventilation relèvent d’activités spécifiques qui doivent être précisément déclarées à l’assureur.
Le risque est majeur. En cas de sinistre, si l’activité réellement exercée n’est pas déclarée ou ne correspond pas au périmètre garanti, l’entreprise peut se retrouver sans couverture adaptée. Les conséquences financières peuvent être très lourdes, surtout en décennale, où les montants en jeu peuvent dépasser très largement la capacité financière d’une TPE ou d’une PME.
Les exigences réglementaires, les attentes des clients et les enjeux climatiques évoluent rapidement. Comment les besoins assurantiels des entreprises du bâtiment se transforment-ils ? Les contrats et garanties doivent-ils eux aussi évoluer pour accompagner la transition énergétique ?
Les artisans interviennent sur des chantiers plus techniques, plus hybrides, avec davantage d’interfaces entre enveloppe du bâtiment, équipements thermiques, ventilation, pilotage énergétique et confort d’usage.
Les attentes clients sont également plus fortes : ils attendent une baisse de consommation, mais aussi un logement plus confortable en hiver comme en été. Cela crée une obligation de conseil accrue pour les entreprises. Il ne s’agit plus seulement de poser un équipement, mais de proposer une solution cohérente avec le bâti, les usages et les contraintes climatiques.
Les contrats doivent donc accompagner ces transformations. Cela passe par une déclaration d’activité plus fine, une meilleure prise en compte des nouvelles techniques, une vigilance sur les qualifications, mais aussi par un dialogue plus régulier entre l’artisan, son courtier et son assureur.
L’assurance ne doit pas être perçue comme un frein à l’innovation ou à la transition énergétique. Au contraire, lorsqu’elle est bien calibrée, elle sécurise le développement commercial des entreprises et renforce la confiance de leurs clients.
À l’heure où l’adaptation des bâtiments au changement climatique devient un enjeu majeur, quels conseils donneriez-vous aux artisans qui souhaitent se positionner sur ces marchés ? Et quels seront, selon vous, les principaux défis assurantiels du secteur à l’horizon 2030 ?
Se former, adopter une approche globale du bâtiment, documenter ses chantiers et vérifier régulièrement l’adéquation de sa couverture d’assurance avec les activités réalisées sont aujourd’hui des facteurs clés de réussite. Les marchés du confort d’été, de la rénovation énergétique et des équipements thermiques offrent de réelles perspectives de développement, mais ils exigent une maîtrise technique et une gestion rigoureuse des risques.
À l’horizon 2030, les principaux défis assurantiels seront liés à l’accélération des aléas climatiques, à la massification de la rénovation énergétique et à l’émergence de nouvelles techniques constructives. L’enjeu sera d’accompagner cette transformation en conciliant innovation, prévention des sinistres et accès à une couverture d’assurance adaptée. C’est une condition essentielle pour permettre aux entreprises du bâtiment de se développer durablement et de renforcer la confiance de leurs clients.