« Nos entreprises n’ont jamais un moment de sérénité »
Marché toujours atone, dispositifs publics fluctuants, réglementations environnementales toujours plus complexes, mais aussi difficultés en matière de recrutement et de formation… Un peu plus d’un an après sa prise de fonction à la présidence de la FFQ, Gérard Néton dresse un état des lieux sans détour des défis auxquels sont confrontés les adhérents de la Fédération, plus que jamais mobilisée pour adresser ces problématiques.
Nous avons adapté notre organisation, après le départ de notre délégué général. Nous avons pris le parti de nous concentrer sur nos fondamentaux, à savoir la conduite du dialogue social de la branche, car la FFQ est représentative à 100 % et gère donc seule la convention collective côté patronal. Mais aussi l’accompagnement juridique de nos adhérents avec un service dédié et la mise à disposition d’accompagnements divers, soit proposés par la FFQ elle-même soit par les experts de la CGF, notre confédération de rattachement. Certains projets, comme le Club des jeunes dirigeants, ont été mis entre parenthèses, faute de temps. La FFQ continue également d’entretenir des liens réguliers avec les fédérations professionnelles proches en termes d’activité.
En 2025, la France a évolué dans un contexte économique et institutionnel incertain, marqué par une croissance fragile, une consommation des ménages en berne et un marché du logement neuf toujours atone. La persistance de la crise énergétique, aggravée par les tensions en Iran, entretient une inflation élevée, tandis que les marges de manœuvre budgétaires de l’État restent limitées. L’investissement a ralenti sous l’effet des incertitudes politiques et de la guerre commerciale menée par Donald Trump… Un léger rebond est attendu en 2027 grâce à un contre-choc pétrolier, mais la croissance devrait rester modeste jusqu’en 2028. Dans ce contexte, le chiffre d’affaires de la quincaillerie a reculé au premier trimestre 2026 après une fin d’année 2025 dynamique. La tendance annuelle évolue autour de -0,5 %. Les évolutions restent contrastées : la clientèle des particuliers termine le trimestre sur une note plus favorable, tandis que les professionnels pénalisent les résultats. Côté produits, la QOFI demeure en recul, contrairement aux produits métallurgiques et au sanitaire-chauffage, mieux orientés.
Malheureusement non. Les chiffres montrent une très légère amélioration, mais nous sommes davantage dans les virgules que dans un véritable rebond. Les difficultés du bâtiment restent fortes et elles se cumulent avec les incertitudes géopolitiques, le manque de visibilité politique et le ralentissement des investissements. Nous constatons également une dégradation du climat économique chez nos adhérents. Notre service juridique reçoit de plus en plus de demandes concernant des licenciements économiques ou des réductions du temps de travail. Les recrutements se raréfient, les départs ne sont pas toujours remplacés et les délais de paiement recommencent à se dégrader. Les entreprises manquent de visibilité. À peine un sujet est-il stabilisé qu’un autre peut être remis en cause…
« On passe d’une usine à gaz réglementaire à une autre. »
Pas vraiment. Nous avons consacré énormément d’énergie à défendre le maintien des monogestes. Après avoir obtenu leur reconnaissance, voilà qu’ils sont de nouveau remis en question ! C’est malheureusement révélateur d’un problème plus large. Les dispositifs changent constamment, qu’il s’agisse de MaPrimeRénov’, des aides à l’apprentissage ou d’autres mesures économiques. Les entreprises ont besoin de stabilité pour investir et se projeter. Aujourd’hui, elles ne savent plus réellement dans quelle direction elles doivent aller. À cela s’ajoute la perspective des élections présidentielles, qui entretient naturellement une attente et ralentit encore certaines décisions d’investissement.
Du côté de la REP PMCB, les règles sont désormais globalement comprises. En revanche, son modèle économique demeure problématique. Les coûts continuent d’augmenter et la soutenabilité financière reste une vraie difficulté pour les entreprises concernées. La REP sur les emballages professionnels est, quant à elle, d’une toute autre complexité. Les entreprises doivent quasiment cartographier chacun de leurs produits afin de déterminer leur statut de metteur sur le marché. Pour des distributeurs qui gèrent parfois plusieurs dizaines de milliers de références, cela devient extrêmement compliqué, en particulier pour les plus petits. Le récent report de son entrée en vigueur ne règle absolument pas le problème de fond. Ce que nous demandons, c’est davantage de simplicité, de lisibilité et des règles qui ne soient plus sujettes à interprétation.
Notre priorité est la prévention. Chaque semaine, nous diffusons une lettre d’information qui décrypte les nouveaux textes réglementaires et attire l’attention de nos adhérents sur les sujets qui vont les impacter. Nous organisons également des webinaires très opérationnels, par exemple sur les REP ou sur la facturation électronique, souvent en lien avec les experts de la CGF. L’objectif est que personne ne découvre une nouvelle réglementation la veille de son entrée en vigueur. Nous sensibilisons aussi les entreprises aux cyberattaques et aux différentes formes de fraude, notamment les arnaques aux virements. Là encore, l’information et la formation restent les meilleurs moyens de limiter les risques.
« La formation est un investissement essentiel pour préparer les compétences de demain. »
Oui, parce que les clients l’exigent de plus en plus. Beaucoup de grandes entreprises accélèrent le verdissement de leurs flottes et s’engagent dans des démarches de certification RSE, notamment EcoVadis. Mais la réalité du terrain est souvent plus complexe. Le passage aux véhicules électriques, par exemple, pose encore de nombreuses questions d’usage pour les commerciaux, qu’il s’agisse de l’autonomie ou des possibilités de recharge à domicile. Plus globalement, nous avons le sentiment que les réglementations s’empilent. Après les REP arrivent la transparence des rémunérations, la déforestation importée et bien d’autres textes. Les entreprises ont parfois le sentiment de passer d’une usine à gaz à une autre.
La formation reste un point fort de notre branche. Le nombre d’apprentis est passé d’environ 800 en 2020 à plus de 1 300 en 2024. Espérons que la récente remise en cause des aides ne casse pas cette dynamique. C’est un investissement essentiel pour préparer les compétences de demain. En parallèle, notre convention collective unique, entrée en vigueur en 2023, continue de s’enrichir. Nous avons déjà signé plusieurs avenants afin d’adapter les règles aux besoins des entreprises tout en renforçant les droits des salariés. C’est sans doute l’un des rôles les plus importants de la fédération, même s’il est parfois peu visible. Plus de 80 % de nos entreprises comptent moins de 11 salariés. Elles ne disposent pas des moyens juridiques des grands groupes. Notre mission consiste justement à leur offrir un cadre commun, des outils adaptés et un accompagnement quotidien pour leur permettre de continuer à se développer.
La Branche des Commerces de Quincaillerie en bref
• 3 400 entreprises (dont 2 700 employeurs)
• 12 Mds€ de CA cumulé (8 Mds€ hors métaux)
• 4 900 agences et showrooms
• 33 000 salariés