« Le plan Logement risque d’être insuffisant pour redonner de l’élan au marché »
Plan Relance Logement, conjoncture, état du marché de la rénovation, REP Bâtiment… La n°1 de la FDMC décrypte les sujets chauds des douze derniers mois dans le secteur du BTP. Une analyse entre espoirs et, parfois, inquiétudes persistantes.
La reprise n’est toujours pas au rendez-vous après une année 2025 aux alentours de -7 % en valeur avec des volumes de ventes toujours en repli. Certains de nos adhérents sont fragilisés et doivent adapter la voilure (licenciements, fermetures d’agence, cessions). Sur le segment de la maison individuelle neuve notamment, il y a eu un léger rebond technique début 2026 qui demande à être confirmé. Le marché de la rénovation énergétique, lui, n’arrive toujours pas à se stabiliser. La profession va sans doute connaître encore une année blanche.
D’autant que le conflit au Moyen-Orient crée un nouveau choc d’inflation [jusqu’à +20 % sur certains matériaux et produits plastiques : Ndlr]. S’il reste beaucoup plus contenu qu’en 2022, après le début de la guerre en Ukraine, nous craignions des répercussions directes sur le coût global des travaux et le report de certains projets dans un contexte déjà incertain pour tout le secteur.
La FDMC participe au comité de crise du BTP, et travaille avec les autres organisations professionnelles sur une déclaration de filière [non actée à la mi-août 2026 : Ndlr] qui démontrerait que chaque acteur fait preuve de prévenance pour amortir au mieux les hausses tarifaires des matériaux. Les demandes répétées de mise en place d’un observatoire des prix ne me semble pas la meilleure solution.
Face à une crise du logement que l’exécutif qualifie lui-même de « bombe sociale », le projet de loi entend frapper fort : construire plus vite [produire deux millions de logements d’ici 2030, soit près de 400 000 logements par an : Ndlr] en raccourcissant les délais de réalisation des programmes immobiliers neufs et en favorisant l’émergence de nouvelles opérations, mettre des logements sur le marché, relancer l’investissement locatif en assouplissant entre autres le dispositif Jeanbrun, et donner davantage de pouvoir aux élus locaux.
L’intention d’une politique du logement plus territorialisée et plus efficace est louable et marque incontestablement un tournant dans la politique du logement. Dans la même veine, le lancement de l’Anru 3 [Agence nationale pour la rénovation urbaine, 5 Md€ budgétés jusqu’en 2040 : Ndlr] est présenté comme « l’un des marqueurs forts » du Jeanbrun pour ouvrir une nouvelle étape du renouvellement urbain, plus globale, davantage tournée vers la transition écologique entre autres.
L’ensemble du texte n’en est toutefois qu’au début de son parcours parlementaire. Plusieurs amendements sont déjà sur la table, et certaines dispositions pourraient encore évoluer avant son adoption définitive. Ces mesures suffiront-elles à répondre à une crise aussi profonde ? Je crains qu’elles ne suffiront pas, à elles seules, à redonner de l’élan et à débloquer durablement un marché au ralenti.
« Le calendrier de refondation de la REP PMCB doit être sécurisé. »
La FDMC partage la volonté du gouvernement d’accélérer le nombre de rénovations énergétiques d’ampleur. En revanche, la remise en cause des parcours monogestes (isolation, changement de fenêtres, photovoltaïque, ventilation…) suscite notre inquiétude car ils sont très souvent une voie d’accès pour engager des travaux. Nous restons vigilants et examinerons minutieusement les projets de textes et l’évolution du périmètre des travaux éligibles.
Quoi qu’il en soit, la filière doit veiller à la lisibilité et à l’accessibilité du dispositif MPR. Cette aide d’État est en surchauffe. Il y a environ 83 000 dossiers de demande de financement encore en souffrance à l’Anah. Dans un contexte budgétaire contraint, le marché devrait, a priori, basculer à un moment ou à un autre vers les CEE dont le montant global est de l’ordre de 8 Md€.
À l’issue de près de douze mois de concertation, la fin de l’obligation généralisée de reprise gratuite des déchets est actée, et reposera sur la base du seul volontariat. C’est une victoire pour la FDMC. Le scénario retenu en février 2026 introduit une distinction entre matériaux “maturesˮ (inertes, métal, bois disposant déjà d’une filière de valorisation fonctionnelle) et “non maturesˮ (laines de verre, plastiques, huisseries…). Les matures sortiront de la reprise sans frais au 1er janvier 2027. Ce qui devrait conduire à une baisse du montant des écocontributions.
Les projets de décret et d’arrêté sont en cours de finalisation pour une publication fin août et une première entrée en vigueur des premières mesures au 1er septembre 2026. Mais le texte doit être apprécié avec prudence. Plusieurs dispositions appellent une mise en œuvre progressive. L’application de nouvelles règles de prise en charge, de maillage territorial et de soutien aux différents flux de déchets sera conditionnée au réagrément des éco-organismes. La FDMC sera très attentive à la version définitive des textes et au calendrier effectif des réagréments. Ces étapes sont déterminantes pour apprécier les impacts concrets de la refondation pour nos adhérents, notamment vis-à-vis des négociants volontaires pour poursuivre l’activité de reprise.
La FDMC en bref
- Plus de 21 Md€ de CA en 2025.
- 4 324 sociétés adhérentes (soit près de 90 % de la profession représentée).
- Environ 84 000 salariés.
(Source : FDMC)