Décret Tertiaire : 19 organisations du commerce saisissent le Conseil d’État
Dix-neuf organisations représentant la distribution BtoB – dont Coédis (négoce SaCha), la fédération DLR et la Confédération du commerce de gros (CGF) à laquelle adhèrent la FND (négoce Décoration) et la FFQ (Quofi) – et du commerce BtoC dénoncent les seuils fixés par l’arrêté dit “valeurs absolues VI”. Un recours contentieux a été engagé devant le Conseil d’État.
Une mobilisation « inédite par son ampleur » ! Dix-neuf organisations du commerce (voir la liste ci-dessous) ont en effet décidé de saisir le Conseil d’État contre l’arrêté du 1er août 2025 qui modifie les obligations de réduction des consommations d’énergie dans les bâtiments tertiaires.
Leur action intervient après un recours gracieux resté sans réponse de la part des pouvoirs publics. Et traduit l’inquiétude croissante des entreprises face à « des règles jugées inadaptées » à la réalité de leur activité.
Au cœur du litige ? Les seuils de consommation énergétique fixés en valeurs absolues pour le secteur du commerce sont jugés « inatteignables » pour une part importante des quelque 35 000 points de vente concernés.
Selon un communiqué, ces exigences pourraient placer de nombreux établissements en situation de non-conformité dès 2030, avec des conséquences économiques et patrimoniales potentiellement lourdes, notamment en matière de valorisation des actifs immobiliers commerciaux.
Le dispositif contesté s’inscrit dans le cadre de la loi portant évolution du logement de l’aménagement et du numérique de 2018 (dite “loi Elan”) et du mécanisme dit “Éco-énergie tertiaire”. Communément appelé décret Tertiaire, le dispositif impose aux bâtiments tertiaires de plus de 1 000 m² une réduction progressive de leur consommation d’énergie : -40 % d’ici à 2030, -50 % en 2040 et -60 % en 2050 par rapport à une année de référence.
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Calendrier difficilement tenable...
L’arrêté attaqué étend désormais plus directement ces obligations aux distributeurs. Elle entrera en application dès le 1er juillet 2026. Selon les dix-neuf organisations requérantes, le calendrier est particulièrement contraint.
Les entreprises qu’elles représentent ne disposent que de quelques mois pour fixer leur trajectoire énergétique, définir leur objectif pour 2030 et mettre en place un système d’affichage annuel des performances.
Or, selon les organisations requérantes, les seuils fixés tiennent insuffisamment compte de la diversité des formats commerciaux et des modèles économiques. Des analyses menées sur plus de 500 sites récents ou rénovés indiqueraient qu’à l’horizon 2030, près d’un établissement sur deux pourrait ne pas atteindre les objectifs imposés.
...et obligations jugées excessives
Certains bâtiments conformes aux normes de construction actuelles pourraient même devenir non-conformes dès leur ouverture. Les sanctions financières prévues et l’obligation d’indiquer la non-conformité dans les baux ou actes de vente pourraient également peser sur la valeur des biens immobiliers. Les organisations du commerce estiment enfin que le décret Tertiaire « contredit et surtranspose le droit européen ».
Arguments avancés ? La directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments non résidentiels prévoit en effet des actions ciblées sur les bâtiments les plus énergivores, alors que le dispositif français impose des réductions à l’ensemble des sites tertiaires de plus de 1 000 m², qu’ils soient performants ou non, récents ou plus anciens voire neufs. À l’issue de ce recours contentieux, le Conseil d’État annulera-t-il « l’approche indifférenciée du décret Tertiaire français » qui est aujourd’hui contestée ?
Les 19 organisations du commerce menant le recours contentieux
• l’Alliance du Commerce
• la Confédération des grossistes de France (CGF)
• la Confédération générale de l’alimentation en détail (CGAD)
• le Conseil du commerce de France (CdCF)
• la Fédération de l’épicerie et du commerce de proximité (FECP)
• la Fédération des acteurs du commerce dans les territoires (FACT)
• Coédis : la Fédération des distributeurs d’équipements et solutions électriques, génie climatique, sanitaire et plomberie
• la Fédération des magasins de bricolage (FMB)
• la Fédération du commerce coopératif et associé (FCA)
• la Fédération du commerce et de la distribution (FCD)
• la Fédération nationale des distributeurs, loueurs et réparateurs de matériels de BTP et manutention (FDLR)
• la Fédération française de l’équipement du foyer (FFEF)
• la Fédération française de la franchise (FFF)
• la Fédération française des pressings et blanchisseries (FFPB)
• les Grossistes alimentaires de France
• Perifem
• Procos, Agir pour un commerce qui donne envie
• l’Union de la bijouterie-horlogerie (UBH)
• l’Union des entreprises sport et cycle (UESC).