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, mis à jour le 19/05/2026 à 11h12

« L’accélération de l’électrification nous impose de changer nos repères d’hier »

José Prétot
président de
Coédis
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José Prétot, président de la fédération Coédis.

Coédis organise le 21 mai à Paris Coédis Impact. L’événement qui sera ouvert par le ministre du commerce Serge Papin et le président du Medef Patrick Martin, réunira plus de 400 professionnels de la filière du second œuvre technique. Il sera clos par une vidéo de Vincent Jeanbrun, le ministre du Logement. Objectif de ce premier rendez-vous ? Échanger sur les mutations en cours et les défis à venir alors que le gouvernement a dévoilé mi-avril son « grand plan d’électrification des usages ». Président de Coédis, José Prétot détaille en exclusivité pour Zepros Négoce les moments forts de cette rencontre, et livre son analyse sur le rôle pivot que tient la pompe à chaleur (PAC) dans la décarbonation des logements.

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Quelles raisons ont incité votre fédération a organisé ce premier rendez-vous Coédis Impact ?
José Prétot

Il y a d’abord un constat qui concerne l’ensemble de notre écosystème. Nos métiers se transforment depuis plusieurs années, et de plus en plus rapidement. La filière du second œuvre technique du bâtiment connaît une accélération très nette en termes d’innovations technologiques avec l’essor de la GTB, du pilotage intelligent de l’énergie, le déploiement continu des EnR, de montée en puissance du marché des IRVE, et, d’une manière plus générale, la démocratisation des outils numériques dans notre filière, avec notamment l’arrivée fulgurante de l’intelligence artificielle (IA). Quel que soit le marché (résidentiel, tertiaire, industrie), le phénomène touche l’ensemble des catégories de produits, mais impose aussi un besoin de montée en compétence chez les installateurs.
En outre, toute la chaîne de valeur est soumise à une réglementation de plus en plus complexe et, parfois, peu lisible à l’image du stop & go gouvernemental sur MaPrimeRénov’ et les CEE. Sans être exhaustifs, à l’aune de tous ces facteurs, nos repères d’hier ne sont plus suffisants dans un monde en pleine transformation technologique, environnementale et climatique. Cette première édition intervient par ailleurs dans une séquence où le calendrier politique se focalise notamment sur l’électrification des usages. L’électrification représente une évolution dont les implications sur l’infrastructure électrique des logements sont, sans doute, encore peu perçues par les ménages et les décideurs publics. Le logement n’est plus seulement un consommateur “passif” d’énergie. Il devient producteur et stockeur. 

Coédis Impact en bref

Quand ? le 21 mai 2026, de 14h00 à 22.

? Salle Gaveau, 45 rue de La Boétie, 75008 Paris.

Inscription : evenement@coedis.fr

À propos des évolutions en cours, vous évoquez souvent la nécessité pour la distribution professionnelle d’achever sa mue…
José Prétot

Le métier de distributeur professionnel ne cesse de se transformer. Il est même entré dans une phase de mutations profondes. La distribution professionnelle n’est plus seulement dans une logique de stock à J-0 et J+1. Au-delà de leurs fonctions traditionnelles de distributeur, de logisticien et de “banquier” des artisans, les entreprises de nos quelque 400 adhérents sont devenues des apporteurs d’affaires en proposant des solutions globales, des packages “produits + services”. Cette évolution nous oriente vers plus de proximité qualitative vis-à-vis de notre aval. Aujourd’hui, les points de vente deviennent clairement des centres de ressources techniques.
Si le digital fait désormais partie intégrante du parcours et de l’expérience client, les attentes des professionnels aussi ont évolué – notamment sur services, et plus seulement sur les produits. Les collaborateurs se doivent de maîtriser les dispositifs d’aide, les normes, la réglementation, les contraintes de pose, etc. Là, il s’agit d’accompagner les artisans dans leur montée en compétence au regard des innovations techniques du marché. Ce rôle est primordial pour les clients utilisateurs puissent conserver une pluralité de solutions et choisir l’énergie qu’il souhaite consommer (électrique, gaz vert, pellets…) en misant sur plus de pédagogie et de transparence.

« Avec le plan d’électrification des usages et l’ensemble des innovations en second œuvre technique, la distribution professionnelle est arrivée à un point de bascule. Si nous devons reprendre la main sur l’offre en ayant une connaissance encore plus pointue des produits, elle doit aussi être en capacité de développer plus de services packagés. »

Le 10 avril dernier, le Premier ministre a présenté un grand plan d’électrification des usages que les acteurs de la filière du second œuvre technique du bâtiment attendaient depuis plusieurs semaines. Êtes-vous satisfait de la trajectoire proposée ?
José Prétot

Les énergies fossiles couvrent encore 34 % de la consommation énergétique dans le secteur résidentiel pour le chauffage, l’ECS et la cuisson essentiellement [source : ministère de la Transition écologique : Ndlr]. Tout comme la filière automobile, le logement est au cœur  d’une nouvelle vague d’électrification avec le déploiement de panneaux photovoltaïques, les infrastructures de recharge de véhicules électriques, les batteries de stockage, les PAC en maisons individuelles et en collectif, etc. Si ce mouvement s’impose, bien sûr, pour relever le défi de la transition énergétique, il faut qu’il soit conduit avec méthode et pragmatisme. D’où l’attachement de Coédis à une trajectoire d’électrification qui prenne en compte l’ensemble des cas d’usages et intègre un mix énergétique équilibré, le temps nécessaire à une transition réussie vers l’électrification. Reste que la France bénéficie d’une électricité largement décarbonée et c’est un facteur incontournable pour réussir la transition énergétique et renforcer notre souveraineté énergétique. 
Le logement devient par ailleurs progressivement un espace connecté, capable à la fois de consommer, produire et stocker de l’énergie grâce aux panneaux photovoltaïques, aux batteries, aux bornes de recharge de véhicules électriques ou encore aux PAC. Mais cette mutation est encore sous-estimée dans ses implications concrètes. L’accumulation de nouveaux usages électriques modifie profondément les besoins des bâtiments et impose une réflexion globale sur les infrastructures électriques existantes, leur sécurité et leur évolutivité.
C’est tout le sens du livre blanc sur l’électrification des usages que Coédis a cosigné en novembre 2025 avec cinq autres organisations [Capeb, Consuel, FFIE*, Ignes et l’association Promotélec : Ndlr]. Nous voulons accompagner cette transformation avec une approche pragmatique, fondée sur la sécurité, la performance énergétique et la cohérence de l’offre. La distribution professionnelle demande d’ailleurs à être pleinement associée à cette trajectoire. Toutes ces mutations ne pourront pas se faire sans les distributeurs qui assurent le lien quotidien entre industriels, installateurs et clients finaux.
* Fédération française des intégrateurs électriciens.

Quelle est votre position sur l’appel à projets destiné à labelliser des offres packagées pour les PAC, à l’image de ce qui a été initié pour les véhicules électriques début 2024 ?
José Prétot

L’idée mérite d’être étudiée sérieusement, car le financement reste aujourd’hui l’un des principaux freins à la rénovation énergétique. Beaucoup de ménages souhaitent remplacer leur système de chauffage, mais hésitent encore face au coût d’investissement initial d’une PAC, même lorsque des aides existent. Néanmoins, le dispositif envisagé présente, à notre sens, un angle-mort. Il semble exclure, de fait, la distribution professionnelle. Nous nous en sommes ouverts aux pouvoirs publics.
Il est essentiel que les dispositifs publics d’accompagnement et de soutien à l’électrification soient inclusifs et intègrent l’ensemble de la filière professionnelle de l’électrification. À défaut, on passerait à côté du puissant effet de levier que constitue cette dernière.
Par ailleurs, d’autres conditions sont requises. Il faudra éviter d’ajouter un dispositif supplémentaire complexe ou mal articulé avec les aides existantes comme MaPrimeRénov’, les CEE ou l’éco-PTZ. La stabilité des règles sera également essentielle pour donner confiance aux ménages comme aux professionnels. La question du reste à charge restera déterminante, notamment pour les ménages modestes. 
Une réflexion devra aussi être menée sur l’intégration éventuelle des coûts annexes (adaptation électrique, émetteurs, isolation) car une PAC performante doit s’inscrire dans une approche cohérente du logement. Enfin, il faudra veiller à préserver une logique de neutralité technologique et de mix énergétique équilibré, le temps nécessaire. La PAC a bien sûr un rôle majeur à jouer dans la décarbonation du bâtiment, mais l’objectif doit rester d’apporter aux clients finaux des solutions adaptées à la configuration réelle de leurs logements et aux capacités des réseaux.

Coédis présentera en avant-première deux études menées par Xerfi Specific et TBC Innovations sur les transformations de la profession depuis cinq ans. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
José Prétot

En début d’année 2025,  Coédis a engagé une réflexion sur les évolutions du secteur de la distribution professionnelle, dans un contexte marqué à la fois par de très fortes tensions pour nos entreprises (et pour l’ensemble de la filière bâtiment) et par l’arrivée de nouveaux acteurs, notamment sur les marchés soutenus par les aides publiques. Au sein de Coédis, nous avons souhaité prendre du recul afin de distinguer ce qui relevait d’une situation conjoncturelle de ce qui traduisait des transformations plus profondes du marché.

L’objectif était de disposer d’une vision claire et factuelle des évolutions en cours, au-delà des seules perceptions du terrain.
Pour cela, nous avons confié une étude à deux cabinets de référence du secteur, TBC Innovations et Xerfi Specific, afin de croiser les analyses et les approches. Les grands enseignements qui découlent de cette double analyse seront présentés le 21 mai, lors de Coédis Impact. Ce sera le moment de mieux comprendre les évolutions du marché, d’identifier les attentes des installateurs et d’anticiper les adaptations nécessaires pour les distributeurs professionnels.

« Sur le fond, la filière partage les mêmes ambitions que le gouvernement : décarboner, rénover, faire monter en compétence, etc. Mais, sur la forme, nous attendons plus de visibilité, plus de simplicité et de cohérence sur la durée. »

De quelle manière l’IA peut-elle contribuer à faire encore évoluer le rôle de la distribution professionnelle ?
José Prétot

La transformation digitale de nos métiers est déjà largement engagée. Rappelons que Coédis a notamment élaboré dès 2014 [à l’époque, il s’agissait de la seule FDME (négoce en matériel électrique) : Ndlr] la plateforme commune de données Fab.Dis, et soutiens Etim [ce standard international pour la classification des données techniques concerne aujourd’hui environ 5 000 familles de produits dont le matériel électrique, le CVC et le sanitaire, du CVC : Ndlr]. Désormais, Coédis et ses adhérents travaillent sur les premières applications concrètes de l’IA. De plus en plus d’enseignes investissent dans des outils prédictifs pour mieux anticiper les flux, améliorer et faciliter le devisage, assister les équipes commerciales dans l’analyse des besoins, optimiser les réponses clients. L’arrivée de l’IA en 2023, puis sa rapide infusion dans toutes les filières induit un déplacement de la valeur du savoir vers le faire. Le négoce dispose de toutes les cartes en main pour assurer ce rôle du faire. 

Face aux mutations de la filière et à ses enjeux, quelles sont les pistes envisagées ? Comment mieux appréhender tous ces défis ?
José Prétot

La période est extrêmement exigeante, mais elle est aussi porteuse de transformations et donc de nouvelles opportunités. L’arrivée de nouveaux acteurs dans le paysage de la distribution (les marketplaces, les pure players, voire l’essor du direct fabricant) impose aussi de se repenser, car elle impacte toute la chaîne de valeur. Le négoce dispose d’atouts solides : sa proximité terrain, son expertise technique et sa capacité à accompagner concrètement les installateurs. Dans un environnement de plus en plus complexe et concurrentiel, cette valeur d’accompagnement devient centrale. Nous devons continuer d’agir collectivement et rester mobilisés, unis et exigeants de façon constructive.

Quels sont les messages que la profession souhaite adresser au gouvernement ?
José Prétot

La filière partage pleinement les objectifs de décarbonation, de rénovation énergétique et de montée en compétence des professionnels. En revanche, nous avons besoin de davantage de stabilité, de lisibilité et de cohérence dans les politiques publiques. La logique du “stop & go” fragilise l’ensemble de l’écosystème. Les entreprises ont besoin de visibilité pour investir, former leurs équipes et accompagner durablement les clients.
En cette période de restrictions budgétaires, la ressource liée aux CEE et à MaPrimeRénov’ devient de plus en plus précieuse. Elle doit financer les opérations des ménages rénovateurs de la manière la plus efficace possible. Ces aides et niveaux de soutien aux travaux de rénovation énergétique doivent être correctement calibrées (ménages modestes, intermédiaires, aisés) pour garantir une bonne incitation au moment du remplacement des équipements… en évitant les effets d’aubaine.
En complément, les acteurs concernés par le financement des travaux (Anah, administrations centrales, banques) ne pourront sans doute pas faire l’impasse d’une réflexion sur de nouvelles pistes pour que l’octroi d’un éco-prêt à taux zéro soit généralisé dans le cadre de travaux de rénovation énergétique. À moyens constants, un tel calibrage des financements serait, je pense, susceptible d’augmenter significativement le nombre de de ménages accompagnés et de systèmes innovants installés. Il y a lieu aussi de remettre de la cohérence dans la fiscalité applicable aux équipements de chauffage. Enfin, il est indispensable de replacer le distributeur au cœur des politiques publiques de rénovation énergétique. Le négoce joue un rôle clé de pédagogie, de relais d’information sur des aides d’État, et d’accompagnement technique auprès des installateurs.

« La distribution professionnelle est très souvent le premier interlocuteur concret de l’installateur. Il joue un rôle fondamental de tiers de confiance en termes de pédagogie, de sélection de l’offre de systèmes, d’orientation vers les bonnes pratiques, ainsi que de guichet unique et de relais des dispositifs d’aide. »

La crise au Moyen-Orient va-t-elle, selon vous, accélérer le virage urgent vers l’électrique ?
José Prétot

Il faut vraiment espérer que cette crise géopolitique et énergétique provoque un réel déclic en faveur de l’électrification, tout comme l’électrification du mix énergétique me semble urgente pour des raisons de souveraineté énergétique [la France importe en moyenne 56 % de l’énergie finale qu’elle consomme selon Carbone 4, un think-tank spécialisé en stratégie bas-carbone Carbone 4 : Ndlr]. À mon avis, les mesures de court terme constituent d’ailleurs le principal piège à éviter pour mener à bien le plan d’électrification et réduire structurellement notre dépendance aux énergies fossiles.

Lors des récents États généraux de la salle de bains, Coédis a présenté un bilan 2025 encore négatif (à -3,1 % en valeur vs 2024). Comment percevez-vous l’activité en 2026 ?
José Prétot

Si le chiffre d’affaires total s’est inscrit à nouveau en baisse en 2025 tant en électricité qu’en sanitaire-plomberie, à l’exception des ventes de pièces détachées, l’érosion de l’activité a toutefois été nettement moins forte comparée à 2024. Nous avons d’ailleurs enregistré une stabilisation des ventes au premier trimestre 2026 sur nos deux principaux marchés, l’activité a atteint un “plateau zéro” fin mars. Sauf accident géopolitique et économique majeur, 2026 devrait être une année de transition – avec, peut-être, certains écarts en fonction des catégories de produits.

Ce frémissement de l’activité, qui semble se confirmer en avril, est très attendu et devrait permettre à nos entreprises, confrontées à des tensions de trésorerie parfois critiques, de retrouver une marge de manœuvre et un peu d’oxygène financier. Nous appelons, à cet égard, l’attention des pouvoirs publics sur le rôle des assureurs-crédits qui, parfois, sont en retard sur les évolutions du marché et pénalisent le rebond.

Coédis • Chiffres clés

• Plus de 15 Md€ HT de chiffre d’affaires dont environ 14 Md€ pour les adhérents Coédis ; à -3,1 % vs 2024.
Répartition des ventes (valeur) : 39 % en matériel électrique, 34 % en CVC, 14 % en sanitaire, 8 % en plomberie, 4 % en EPI-Outillage et 1 % en pièces détachées.
• Plus de 400 sociétés adhérentes (± 85 % du marché représenté en valeur).
• Plus de 4 000 agences et showrooms.
• Plus de 44 000 salariés.
(Source : Coédis)

Fort de 30 ans d'expérience en presse BtoB et BtoC, Stéphane est rédacteur en chef de Zepros Négoce et Zepros Safety, passionné par les enjeux liés aux transitions environnementales et digitales dans le BTP.
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