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[RSE & Stratégie] Comment Hérige (d)écrit son «avenir»

Stéphane Vigliandi
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À l’occasion de sa première conférence de presse qu’il a tenue en visioconférence mi-février, Benoît Hennaut – le nouveau numéro un du groupe familial – a déroulé les premiers éléments d’un plan stratégique centré sur trois piliers fondamentaux : la RSE, l’innovation et le digital. Trois « priorités » qui doivent soutenir « une croissance durable ». Morceaux choisis.

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EN PHOTO RSE, innovation et digital : ce sont les trois maîtres mots du nouveau projet porté par le groupe Hérige. « Nous allons et devons apprendre à faire autrement ! », estime Benoît Hennaut, son nouveau "big boss" depuis la rentrée 2020. En lien avec le management de l’ETI vendéenne, le dirigeant va préciser et chiffrer sa feuille de route d’orientation « dans les semaines à venir ». En principe d’ici à « avril ou mai 2021 au plus tard », l'entreprise disposera d’une trajectoire et d’une analyse détaillées pour chacune de ses trois branches : Béton, Menuiseries et Négoce.

Un peu plus de six mois ! C’était « le temps nécessaire » pour que Benoît Hennaut prenne ses marques, mais entame également « un premier tour d’horizon » de la trentaine de centrales à béton du groupe, des usines de production de menuiseries et du réseau de 92 négoces (82 VM et 10 LNTP) « tous résilients » depuis le début de la crise sanitaire. Avec, à l’esprit, la volonté de « s’imprégner du groupe, de ses activités, des hommes et des femmes qui y travaillent », et en même temps jauger « les opportunités » de croissance.

Le temps aussi de gérer les affaires courantes dans un contexte inédit et complexe. Le temps enfin de commencer rédiger, avec les membres du comité de direction, la feuille de route stratégique de l’entreprise familiale. D’autant que l’ETI très présente sur le Grand Ouest a réussi à traverser les trois premières séquences de la crise Covid de façon « très satisfaisante ». Son chiffre d’affaires a affiché un peu plus de 600 M€ HT consolidés en 2020. Les clés de cette résilience ? « Un ancrage territorial auquel nous tenons en termes de proximité, de services et de valeur dans la relation clients ».

Benoît Hennaut a d’ailleurs rappelé « la capacité du groupe à interagir avec les différentes instances nationales et régionales sur nos métiers ». Par exemple, cet ancien patron d’Aliaxis (de juin 2016 à août 2020) présidait jusqu’en janvier dernier Polyvia : la Fédération française de la plasturgie. Désormais, il en pilote la branche Bâtiment.

« Dans une période de transformation de nos filières et de nos métiers, nous avons besoin d’être bien impliqués et de participer aux discussions relatives aux projets de loi ». À 114 ans, l’ex-Groupe VM qui « puise ses racines dans l’Histoire vendéenne, fait preuve d’une capacité d’agilité. Et ce ne sont pas que des mots ! », entend rester plus que jamais en phase avec son époque. Avec, dans sa ligne de mire, l'ambition de porter et « forger une croissance profitable, pérenne en la bâtissant sur des bases solides pour chacun de nos trois métiers ». La formule et ses mots ne se veulent « absolument pas ostentatoires », a-t-il d'ailleurs souligné à plusieurs reprises.

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Être “le” référent clients

Après le programme "VM is back" déployé dans ses négoces courant 2019 et que le groupe continue d’enrichir au fil de l’eau, les deux autres branches d’Hérige ont, elles aussi, élaboré leur plan stratégique respectif structuré tout au long de l’exercice 2020 pour aboutir à une croissance durable et profitable « à moyen terme ».

Chez Atlantem Industries (menuiseries), le nom de code s’intitule tout simplement "Cap 2025" pour alimenter une progression de l’activité qui passe notamment par l'offre « confortée » de la nouvelle gamme AM-X. Logique similaire pour Edycem, la branche Béton : « Le modèle opérationnel s’appuie sur l’innovation dont une offre de produits bas carbone ».

Ces trois feuilles de route ont toutes été validées courant décembre dernier lors de la préparation des budgets 2021 « dans un contexte de transformation structurelle majeure sur nos marchés ». L’ambition d’Hérige concrètement ? « Être le référent pour nos clients sur tous nos territoires » et sur ses différents segments de marché en s’appuyant sur « le niveau d’exigence le plus élevé en matière de satisfaction clients ». Il s’agit d’ « un nouveau mot d’ordre… en complément de la signature du groupe Hérige » : “Entrepreneurs d’avenir”.

L'ambition s'affiche sans ambages bien que l’entreprise ne soit « ni un géant du secteur, ni une start-up ou une PME »... Très clairement, il s'agit d'entretenir la fidélité clients en apportant de la valeur ajoutée au cœur de la relation clients en termes d’offres et de services.

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Empreinte carbone et profitabilité

Le premier volet de cette stratégie s’inscrit dans la démarche RSE pour « agir, mesurer et améliorer » ; constatant qu’il y a désormais « un regard, des exigences et une forme d’intolérance des jeunes générations sur ce sujet ». D’autant qu’à l’image de nombreux dirigeants d’entreprise, Benoît Hennaut rappelle que « de part nos activités, nous avons un rôle à jouer pour contenir et réduire notre empreinte carbone ».

C’est la raison pour laquelle Hérige va se doter d’un comité RSE qui reportera auprès du conseil de direction du groupe pour décliner la stratégie tant à l’interne que vis-à-vis de l’extérieur. Parmi les toutes premières décisions annoncées par son numéro un ? Les managers de chacune des trois business-units de l’ETI familiale vont se voir fixer un objectif RSE. À savoir que 3 % de leur rémunération seront fixés en fonction des objectifs de croissance liés directement à la politique RSE du groupe.

Tout au long de l’année 2021, les membres du Codir vont d’ailleurs suivre des sessions de formation « approfondie » en lien avec ces préoccupations et « en s’appuyant sur le cahier des charges du Middle Next » – une association professionnelle indépendante représentant les entreprises de taille moyenne cotées en Bourse ; Hérige étant cotée depuis 1990.

Benoît Hennaut en fait un levier « essentiel » et appelle à « une transformation de nos offres de solutions techniques pour s’orienter vers le niveau “bas carbone” ». Et viser la neutralité carbone « à terme » sans fixer pour l’instant de calendrier. En relation avec l’université de Nantes, la cellule R&D d’Hérige travaille, par exemple, d’ores et déjà à développer des bétons plus vertueux – comme, désormais, une majorité de fabricants du secteur.

Sur le front de l’économie circulaire, le dossier serait « assez avancé ». Illustration avec le dispositif Menrec codéveloppé avec d’autres acteurs de la filière Menuiserie et qui doit organiser ses premières collectes de fenêtres en fin de vie début mars. RSE encore côté sécurité des salariés. « Le capital humain est un sujet central dans le projet de notre groupe, a-t-il martelé. Il ne faut surtout pas s’accommoder de quelques grands principes ! Il convient de sortir de nos zones de confort en se réinventant, en changeant nos façons de travailler, en se dotant de nouvelles compétences internes, etc. La sécurité, c’est aussi le levier de notre profitabilité », a-t-il défendu.

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Accélérateur d’innovations

Si elle peut, parfois, revêtir forcément « une part de risques », l’innovation doit nous « permettre d’aller de l’avant » , a rappelé le dirigeant en citant, une fois encore, l'exemple de la gamme de menuiseries AM-X lancée en avant-première fin 2015. Idem pour le développement de nouveaux process de fabrication, de nouveaux outils digitaux et applications qui se mettent en place au fil de l’eau.

À l’image de grandes entreprises cotées ou pas, Hérige va intégrer un data manager qui reportera directement auprès du président du directoire. L’enjeu ? « Bien gérer, maîtriser et entretenir toutes nos datas qui sont la clé de notre patrimoine d’entreprise et financier. » Les leviers ? Notamment l’intelligence artificielle, le machine learning et, d’une manière générale, « tous les moyens pour créer de la valeur ajoutée… dans un contexte où nous ne savons pas encore véritablement tout ce qu’il sera possible de réaliser avec ces paquets de données ». C’est dans cet esprit que le groupe s’appuie d’ailleurs depuis quelques années sur “Le Village by C.A.” : en somme, un incubateur de start-up codéveloppé par le Crédit Agricole.

À ce jour, sur 41 sites, 39 “Villages” interviennent dans les territoires français. À travers ce partenariat, le groupe Hérige entend, notamment, pouvoir développer son offre de produits et de solutions innovantes grâce à cet écosystème régional de start-up. Le concept du “Village by C.A.” est d’ailleurs bien arrimé sur une grande partie de l’Arc Atlantique – des territoires où Hérige est très implanté tant côté fabrications que distribution.

Dans un contexte économique et règlementaire mouvant (plan France Relance, rénovation énergétique, MaPrimRénov, simplification des CEE, future RE 2020, etc.), les formations des collaborateurs internes va monter en charge, les gammes vont encore évoluer (biosourcé, produits bois…) et des structures ad hoc seront implantées dans certaines agences pour la gestion des primes CEE auprès des clients BtoB pour booster les marchés de la rénovation énergétique.

« Nous allons poursuivre la structuration de nos compétences sur la branche Négoce et les renforcer dans nos régions. La formation est un volet important pour exploiter ce formidable vivier de 6,7 Md€ débloqués dans le cadre du plan France Relance », selon Benoît Hennaut. Avec une ambition clairement affichée : « se rapprocher toujours plus de nos clients professionnels ». Et là encore, le patron d’Hérige rappelle que ce n’est... « nullement une incantation ».

Stéphane Vigliandi
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