Jeunes et futur(e)s dirigeant(e)s : assurer la pérennité, réussir la transformation
La relève est en marche. En 2024, près de trois chefs d’entreprise familiale sur dix (PME et ETI, tous secteurs confondus) avaient 60 ans ou plus en France. Le passage de flambeau n’est pas seulement une passation de pouvoir. C’est aussi une passation de sens : transmission des savoir-faire, préparation opérationnelle de la future gouvernance, communication intergénérationnelle… La nouvelle génération est un levier de pérennité et de transformation des entreprises. Alors quel est le profil type ?
Conseils d’expert
Élodie Le Gendre, fondatrice et PDG de SevenStones (cabinet en conseils stratégiques et finance auprès d’entreprises familiales) Image
SevenStones
« Le passage de témoin ne doit être ni stigmatisant, ni vecteur de tensions »
Élodie Le Gendre : En France, la transmission intrafamiliale représente environ 25 % des reprises d’entreprise. C’est assez peu comparé à d’autres pays européens, mais le pacte Dutreil [voir encadré ci-dessous : Ndlr] en a allégé le coût et favorisé son essor. La succession ne se résume pas à un “simple” montage juridique et fiscal. C’est un parcours complexe qui se prépare cinq à dix ans avant le départ à la retraite du dirigeant. L’idéal est de s’appuyer sur une charte familiale. Cet outil collaboratif permet de mettre à plat la vision à long terme de l’entreprise et de ses valeurs… mais aussi de gérer d’éventuels conflits. Il n’est plus question aujourd’hui de penser uniquement senior ou jeune à la tête des sociétés familiales. Il faut intégrer toutes les générations de l’entreprise dans une vision plus élargie de ses ressources humaines.
É. L. G. : Avant de propulser le repreneur au poste de direction, il faut l’intégrer le plus tôt possible dans la gouvernance pour qu’il s’acculture et s’imprègne de tous les rouages de l’entreprise (organisation, marchés, clients, environnement concurrentiel…) en occupant si possible un poste clé. Si peu de “capitaines” d’entreprise quittent le navire avec enthousiasme et au “bon moment”, le futur ex-dirigeant doit aussi trouver sa place dans ce nouveau projet.
« Pour que les managers clés de l’entreprise et les équipes internes restent, il est important que le jeune dirigeant les “embarque” dans un projet porteur. »
É. L. G. : Le patronyme ne fait pas tout ! Le repreneur doit avoir l’envie et les aptitudes pour prendre la relève. Face à des dirigeants souvent charismatiques, les enfants doivent se faire un prénom et gagner la confiance de toutes les parties prenantes de l’entreprise (actionnaires, cadres, employés, parties prenantes) en toute humilité. Ils doivent être conscients de l’héritage qui les précède pour impulser un nouvel élan.
É. L. G. : Il faut porter une attention particulière aux collaborateurs clés de l’entreprise, mais aussi à l’ensemble des équipes internes qui voient monter en selle les enfants du dirigeant. Ils sont porteurs de la mémoire de la société, de sa culture et de son ADN. Pour qu’ils restent, il est important de les “embarquer” dans un projet porteur.
À propos de la loi Dutreil
• Appelée aussi “Pacte Dutreil”, la loi n° 2003-721 du 1er août 2003 pour l’initiative économique, permet, sous certaines conditions, de faire bénéficier a transmission – par donation ou succession – d’une entreprise familiale d’une exonération de droits de mutation à titre gratuit à concurrence de 75 %.
• Cette exonération porte sur les trois quarts de la valeur des titres ou de l‘entreprise (article 787-B du Code général des impôts).