, mis à jour le 26/05/2026 à 13h58

« Le marché Pro est désormais le premier relais de conquête de Leroy Merlin »,

Florent Quelquejay
directeur du marché BtoB de
Leroy Merlin France
Image
Florent Quelquejay, directeur marché BtoB chez Leroy Merlin France.

Le marché professionnel, c’est la priorité de Leroy Merlin, qui compte croître grâce aux artisans. L’enseigne met les petits chantiers dans les grands, dégaine des montagnes de stock, part au combat du prix jusqu’à la négo comptoir, embauche des conseillers pros et invite les grandes marques… à suivre le “leader en France”. Bon, c’est vrai que sans chercher les professionnels, Leroy Merlin réalise déjà 1 Md€ avec cette clientèle… Rencontre avec Florent Quelquejay, directeur Marché Pros de l’enseigne.

Partager sur

Aperçu de l’Espace Pro

Image
Espace Pro chez Leroy Merlin France.
Image
Espace Pro chez Leroy Merlin France.
Image
Espace Pro chez Leroy Merlin France.
Image
Espace Pro chez Leroy Merlin France.
Vous annoncez une offensive pour servir les pros. Est-ce que cette profession de foi est un simple test ou une vraie révolution ?
Florent Quelquejay

C’est du sérieux ! Et même notre relais de croissance numéro un. Notre ambition est d’être un partenaire de confiance pour le pro. Donc voilà, on investit, on va mettre le paquet sur le sujet. Et là, nous entrons dans une phase d’accélération. Nos premiers résultats nous donnent beaucoup de confiance sur l’avenir de ce développement côté Pro.

Les professionnels sont déjà des clients depuis longtemps pour Leroy Merlin…
Florent Quelquejay

Oui, mais pour les dépanner seulement, et cela représente déjà 10% du chiffre d’affaires de l’entreprise [soit environ 1 Md€ sur la cible pro : Ndlr]. Mais depuis 100 ans, Leroy Merlin a toujours été focalisé sur la cible des particuliers. Nous avons créé une direction pro il y a deux ans et décidé l’été dernier d’en faire un relais de croissance très fort… et de devenir, à l’instar de Home Dépôt ou de B&Q, une entreprise hybride. C’est une décision stratégique très forte de Leroy Merlin, et le professionnel est d’ailleurs notre premier relais de conquête. 

Quelles sont vos principales priorités dans la mise en place du plan d’action à destination des artisans ?
Florent Quelquejay

Il y en a quatre: l’humain d’abord, en structurant des équipes dédiées aux pros, le parcours des pros ensuite adapté à leurs usages, la fidélisation avec notre programme Leroy & Moi Pro, et la massification de l’offre sur les produits les plus consommés par les pros pour leur mettre à disposition en permanence le bon prix, la bonne quantité.  

« Certains de nos magasins réalisent déjà 20 % de leur CA Pro avant 9h00. »

Vous parlez d’équipes dédiées aux pros. En quoi consistent-elles ?
Florent Quelquejay

En interne, on les appelle les “Squads Pros” [équipes dédiées aux clients BtoB : Ndlr]. Elles sont composées d’un chef de secteur relais pro qui manage un ou plusieurs conseillers de vente pro – une nouvelle mission dans l’entreprise – et, dans chaque rayon, des conseillers de vente relais pro. Aujourd’hui, 120 magasins ont recruté ce nouveau profil de conseiller de vente pro qui va manager un portefeuille de 30 à 50 clients professionnels sur les 2 000 ou 3 000 artisans qui achètent dans le magasin. Un peu comme ce que l’on voit dans les négoces. 

C’est-à-dire ?
Florent Quelquejay

Le conseiller ou la conseillère entretient une relation personnelle très forte avec ses clients pro, avec pour mission de développer ce portefeuille en lien avec les treize conseillers de vente relais de chaque rayon pour établir les devis, en lien aussi avec notre service logistique pour des livraisons en temps et en heure. Avec cette clientèle, le niveau d’exigence est très élevé. Nous ne pouvons pas nous "rater" ! 

De quel nouveau parcours bénéficie désormais le pro?
Florent Quelquejay

Pour commencer, les magasins ouvrent plus tôt ! L’heure exacte dépend de la concurrence autour du magasin. Le magasin de Rosny sous- Bois ouvre par exemple à 6h30. Autour de Paris, c’est en général 6h00 ou 6h30, et 7h00 ou 7h30 ailleurs. Certains de nos magasins réalisent déjà 20 % de leur chiffre d’affaires BtoB avant 9h00.

« Bientôt, nous irons plus loin en adaptant le site au métier du premier relais de conquête de Leroy Merlin : l’artisan pour qu’il puisse retrouver son offre de maçon ou de plaquiste par exemple. »

Comment accueillez-vous les pros en plein rush avec des particuliers ?
Florent Quelquejay

Souvent, l’artisan sait exactement ce qu’il veut. Il arrive en magasin, se gare sur des places dédiées pros juste devant l’entrée, va chercher son produit. Il lui fallait juste des caisses dédiées aux pros sans faire la queue. Il a donc récupéré son tube de silicone en cinq minutes. Ce qui est à peu près imbattable sur le marché... 

Et sur le web ?
Florent Quelquejay

Le site est le même, sauf que nous poussons le pro à se faire connaître, à créer un compte. Dès qu’il est identifié, le site s’habille aux couleurs pros avec par exemple les prix affichés en hors taxe et la boutique pro poussée en header. Bientôt, nous irons plus loin en adaptant le site au métier de premier relais de conquête de Leroy Merlin : l’artisan pour qu’il puisse retrouver son offre de maçon ou de plaquiste. 

Allez-vous dédier une appli aux pros, comme d’autres tels que la marketplace ManoMano Pro ?
Florent Quelquejay

Non. Comme pour le site, c’est l’application Leroy Merlin avec un login pro qui s’adaptera dès que l’artisan sera connu et reconnu.

Quid de l’IA au service de l’artisan, à l’instar de ManoPilot notamment ?
Florent Quelquejay

C’est carrément dans les tuyaux, on y travaille déjà avec un nouvel outil de devis pour les pros, propulsé par de l’IA, qui va leur permettre de gagner un temps de dingue dans leur tâche. Et nous allons relier le devis à notre offre, stockée et disponible. Ça change tout ! Par ailleurs, il bénéficiera de services comme la location Loxam avec une offre à -25 %. 

« Aujourd’hui, sur l’ensemble de nos clients pros, 40 % ont adhéré à ce programme de fidélité. Et nous montons en puissance. Et ces 40 % représentent 75 % du chiffre d’affaires BtoB. »

En termes de prix et d’avantages, que proposez-vous aux artisans ?
Florent Quelquejay

Un programme de fidélité dédié, déjà. Il est en place depuis déjà deux ans, avec des remises permanentes à atteinte de seuils avec un volume d’achat cumulé sur douze mois, et pas six mois comme ailleurs. Et ce programme est gratuit. L’artisan a 3 % de remise dès l’adhésion. Dès qu’il atteint 10 000 € d’achat, 6 %. À 25 000 €, c’est 8%. Sans oublier une offre de bonus chantier qui se traduit par 10 % de remise pour toute commande de plus de 2 000 €. 

Avec deux ans d’historique, êtes-vous satisfait des résultats ?
Florent Quelquejay

Oui, il fonctionne très bien. Aujourd’hui, sur l’ensemble de nos clients pros, 40 % ont adhéré à ce programme de fidélité, et on monte en puissance. Et ces 40 % représentent 75 % du chiffre d’affaires que nous réalisons avec les pros ! Mon objectif est que 80 % de nos artisans adhèrent à ce programme dans les deux ans. 

Il arrive que l’artisan négocie au comptoir. Est-ce que c’est possible également chez vous ?
Florent Quelquejay

Oui, car le conseiller de vente dispose d’un code de remise qui lui permet de s’aligner à la concurrence. Donc, il y a bien sûr la remise structurelle du programme (3 %, 6%, 8 %, 10 %), et après il y a le conjoncturel. Si l’artisan vient avec un devis d’un concurrent et qu’il dit à notre conseiller de vente pro « Est-ce que tu peux t’aligner ? », il est capable de le faire. Par ailleurs, l’artisan peut bénéficier d’un paiement différé à la fin du mois suivant. Donc cela fait quand même une avance de trésorerie sympathique. 

Négociations commerciales au comptoir : « Le conseiller de vente dispose d’un code de remises qui lui permet de s’aligner face à la concurrence. »

Côté volume, que garantissez-vous aux professionnels ?
Florent Quelquejay

Nous avons identifié 600 références qui sont surconsommées par les pros. Or, il est absolument inconcevable d’avoir une rupture sur l’une de ces références-là, parce que le pro n’a pas de temps à perdre. Donc là, on a déjà boosté nos approvisionnements sur ces références-là pour avoir nous aussi des montagnes de stocks.

Oui, mais tout cela a un coût !
Florent Quelquejay

Oui et non, car quand on travaille bien ces références-là en massification, nous réalisons +30 % de chiffre d’affaires et avons une meilleure rotation des stocks. Nous allons vers une offre hybride, adaptée aux particuliers et adaptée aux pros. 

Pour les pros, les “grandes” marques ont leur importance. Est-ce qu’elles vont vous suivre ?
Florent Quelquejay

On le souhaite ! Leroy Merlin est une entreprise hybride, particulier et pro. Nous avons besoin d’un certain nombre de marques pros dans nos assortiments. Nous allons donc essayer de lever leurs peurs, les schémas mentaux historiques du marché, en leur demandant de nous accompagner dans cette conquête. 

« Les marques auraient tort de ne pas accompagner cette croissance avec les clients pros, car c’est un relais de croissance important pour Leroy Merlin qui est leader sur son marché historique en France. »

Est-ce qu’il y a des produits qui pourraient n’être vendus qu’aux pros ?
Florent Quelquejay

Nous saurions le faire grâce au parcours personnalisé pour le pro. Donc on verra… Certains fournisseurs vont avoir besoin d’un peu de temps et commenceront par ne s’exposer qu’aux pros, puis basculeront peut-être, comme ce qu’a fait Bosch avec Bosch Bleu… Vous savez, les marques auraient tort de ne pas accompagner cette croissance, car c’est un relais de croissance important pour Leroy Merlin, qui est leader sur son marché en France. 

Qu’en est-il du possible déploiement d’une MDD pour les artisans et installateurs ?
Florent Quelquejay

Nous y travaillons chez Adeo. C’est le début. On a bien évidemment vocation à avoir les meilleurs prix du marché, du coup à massifier, et à travailler une MDD pro… Donc cela fait partie du plan stratégique.

DG de Leroy Merlin Francen, Agathe Monpays avait émis l’idée d’une baisse du marché du DIY. Est-ce pour cela que ce marché pro est si… stratégique ?
Florent Quelquejay

Les études nous montrent qu’effectivement, il y a peut-être une partie de la nouvelle génération qui serait un peu moins attirée par le DIY… Et encore, il faut être prudent car les tendances basculent vite. Voilà pourquoi nous devons être équilibrés entre le do-it-yourself, le do-it-for-me et les pros, dont on a bien envie d’être les fournisseurs principaux.

Partager sur

Inscrivez-vous gratuitement à nos newsletters

S'inscrire

Sur le même sujet

Image
Brico Dépôt, format Compact à Saint-Dié-des-Vosges (Vosges).
Photo-reportage
Image
Saint-Maclou se repositionne sur les revêtements de sol.
Photo-reportage