Point.P : son 2ᵉ “poumon logistique” francilien va battre dans le port de Gennevilliers (92)
LOGISTIQUE URBAINE • En signant une nouvelle convention d’occupation temporaire (COT), Point.P et Haropa Port annoncent l’ouverture en 2027 d’une plateforme multimodale à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), au cœur du premier port fluvial français. Derrière ce projet de 42 000 m², l’enseigne de Saint-Gobain Distribution Bâtiment France affiche une ambition claire : massifier le recours au fret fluvial pour approvisionner les chantiers franciliens tout en retirant des routes près de 11 000 semi-remorques.
La Seine toujours plus sur le devant de la scène logistique ? Alors que la préfecture d’Île-de-France a dévoilé en octobre 2025 de nouvelles règles de navigation, elle entre dans une nouvelle ère du transport fluvial. Objectif ? Fluidifier le transport des 17 millions de tonnes de marchandises alimentaires et non-alimentaires qui y transitent en moyenne tous les ans.
À l’image d’autres enseignes (Franprix, Ikéa, Lyreco, Monoprix, Raboni…), le n°1 tricolore du négoce Bâtiment entend « changer d’échelle dans le recours au fluvial pour ses approvisionnements franciliens ». Dans un communiqué commun, le distributeur et Haropa Port* viennent d’officialiser la signature d’un COT pour « développer une logistique de livraison plus performante, plus durable et mieux adaptée aux enjeux des chantiers du Grand Paris [environ 32 millions de m2 de constructions ou de réhabilitations entre 2020 et 2030 (Source : Apur) : Ndlr] ».
Point de passage majeur, le port de Gennevilliers, au nord-ouest de la capitale, capte une part déterminante des flux conteneurisés fluviaux (voir encadré ci-dessous). C’est là, non loin d’un centre de valorisation des déchets du BTP ouvert par Eqiom en 2022, qu’Haropa Port hébergera courant 2027 une plateforme multimodale de 42 000 m2.
* Depuis le 1er juin 2021, Haropa Port réunit au sein d’un seul établissement les ports du Havre, de Rouen et de Paris.
Haropa Port • Chiffres-clés
• 1ᵉʳ port de France et 4ᵉ port nord-européen en tonnage, dans le Top 20 des ports les mieux connectés au monde.
• Du Havre jusqu’à Paris, l’ensemble portuaire affiche plus de 16 000 hectares de surfaces cumulées et 12 millions de m² d’entreposage sur l’axe Seine disponible.
• 84,7 millions de tonnes de marchandises traitées en 2025.
• 18,1 millions de tonnes par fret fluvial.
• Environ 160 000 emplois associés.
(Source : Haropa Port)
Tripler le tonnage d’ici à 2029
« Directement connecté à la voie d’eau », ce futur centre de livraison client (CLiC) doit devenir le second maillon régional de Point.P pour approvisionner entre autres les chantiers du Grand Paris. À Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne), le distributeur avait déjà signé un COT avec Haropa Port pour y exploiter un entrepôt de plus de 7 000 m2 couverts sur une parcelle de 2,7 hectares opérationnel depuis un an (2 M€ investis par Haropa pour un trafic fluvial minimal évalué à 5 000 tonnes par an par Point.P).
Le projet de Gennevilliers vient compléter le dispositif de Bonneuil-sur-Marne pour couvrir, respectivement, les zones Nord et Sud de la région parisienne. Pensée pour les livraisons du “dernier kilomètre”, le nouveau CLiC assurera la préparation des commandes, la redistribution vers les agences parisiennes connectées à la Seine (Bercy, Port National, Javel, Point du Jour et Asnières-Aulagnier), la livraison sur chantiers, la “reverse logistics” (processus de retour des marchandises dans la chaîne d’approvisionnement) ou encore la production de big bags.
L’enjeu est autant environnemental qu’opérationnel pour l’enseigne-phare de SGDB France qui prévoit ainsi de tripler ses flux fluviaux en Île-de-France. D’après le communiqué, ceux-ci devraient passer « d’environ 80 000 tonnes par an aujourd’hui à près de 240 000 tonnes annuelles en 2029 » dont plus de 150 000 tonnes transiteront par le port de Gennevilliers. Ce report modal permettrait de « retirer près de 11 000 semi-remorques des routes franciliennes » chaque année, estiment les deux partenaires.
« Avec Gennevilliers, nous accélérons la décarbonation de l’ensemble de notre chaîne logistique, aussi bien en amont avec les industriels qu’en aval jusqu’aux chantiers de nos clients. »
Nicolas Godet, directeur général de Point.P
Faire de la logistique un... “imbattable”
Directeur général de Haropa Port, Benoît Rochet rappelle dans le communiqué qu’« avec son maillage de grandes plateformes trimodales, à l’instar du port de Gennevilliers, et de ports urbains maillant l’ensemble de l’Île-de-France, Haropa Port […] apporte une réponse concrète aux enjeux de décarbonation du fret, de décongestion des centres-villes, de réduction de la pollution atmosphérique et de limitation des nuisances sonores tout en améliorant […] la performance globale de la chaîne logistique ».
D’ailleurs, selon le cabinet parisien Louis Dupont spécialisé dans le management de transition, « sur le plan RSE, les gains sont immédiats : le fluvial consomme nettement moins d’énergie par tonne-km qu’un poids lourd 44 tonnes, et l’électrification progressive des stations d’escale [le long de la Seine] réduit les émissions à quai ».
En outre, l’articulation avec des flottes urbaines à faibles émissions ou électriques doit permettre d’abaisser le bilan CO2 du “dernier kilomètre” – un critère décisif dans les appels d’offres et les reporting extra-financiers.
Si le futur CLiC marque « une étape stratégique majeure pour Point.P », le patron de l’enseigne, Nicolas Godet, souligne aussi qu’il « incarne pleinement l’un des défis majeurs de notre vision “Conquête 2035” : faire de notre logistique un “imbattable” ».
Corridor logistique “vert”
En outre, le distributeur annonce « l’accueil, à terme, de 90 collaborateurs et la création de 80 emplois en CDI » sur le site de Gennevilliers où Point.P et l’enseigne sœur Cédéo y avaient transféré en 2024 leur agence respective d’Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine).
En attendant, l’ambition de Point.P est claire. Il s’agit d’intégrer le fleuve au cœur de son schéma logistique directeur, s’ancrer à des hubs urbains connectés tout en continuant d’investir dans des outils numériques de synchronisation en temps réel des tournées d’approvisionnement des agences et de livraison.
En parallèle, l’enseigne poursuit sa démarché de décarbonation de son transport routier : utilisation de poids lourds roulant au GNV et au biocarburant B100, électrification des véhicules légers et déploiement de solutions cyclologistiques en zone urbaine.
En conjuguant massification amont et agilité aval, la logistique urbaine doit, a priori, permettre de gagner sur tous les tableaux en termes de coûts, de services et d’objectifs de décarbonation.
Au-delà de la seule filière du BTP, l’opération illustre aussi la volonté d’Haropa Port de positionner l’axe Seine comme un corridor logistique “vert” au service de la décarbonation des transports – voire de la réindustrialisation. Une stratégie qui prend de l’ampleur à mesure que les contraintes environnementales et de congestion urbaine poussent les chargeurs à rechercher des alternatives à la route.