« La logistique, un outil de souveraineté dans un marché en mutation »
Confronté à un climat d’affaires toujours sous pression dans le secteur du Bâtiment, Frédéric Ondet estime que « 2025 est la pire année que connaît la profession depuis quarante ans ». L’occasion néanmoins de passer en revue les dossiers stratégiques de la coopérative, notamment la supply chain et les MDD.
Côté bilan 2025, le CA ventes s’est affiché à -3,5 % en France et à périmètre comparable, et à +0,5 % avec les rachats et ouvertures, sur un marché à -7 %. C’est plutôt un bon score eu égard au climat des affaires dans le BTP. Comparé à l’année de référence 2019, notre “front de vente” a progressé de 17 %, dont 10 % liés aux nouvelles adhésions et rachats quand le CA de la profession est resté étal sur la période.
Si notre filière retrouve ses niveaux de 2019, les volumes, eux, ont chuté de 20 à 25 %. En cela, 2025 est la pire année que connaît notre secteur depuis 40 ans ! L’individuel neuf n’arrive pas à dépasser les 96 000 constructions par an, mais il y a une légère inflexion en collectif (entre +3 et +4 %). La rénovation afficherait un -1 % en valeur. Dans ce contexte, nos points de vente spécialisés dont le PPI (plafond-plâtre-isolation) se sont un peu mieux comportés avec le lancement de concepts dédiés.
Au-delà, notre modèle de commerce associé, implanté depuis longtemps dans les territoires, paraît mieux résister dans ce marché tendu. Sur la première partie de l’exercice 2026, nous étions à +1 % fin avril à périmètre comparable vs -1,1 % pour l’ensemble du négoce multispécialiste et -1,8 % en bois-dérivés. Sauf accident géopolitique ou économique majeur, le CA total du réseau pourrait croître de 2 % à 3 % en 2026. Mais, restons prudents après trois ans si difficiles.
La rénovation, depuis deux ans, de nos showrooms et LS (plus de 300 agences concernées) explique aussi ses résultats dans un réseau à dominante rurale ou rurbaine (70 % d’agences rurales, 15 % en zones rurbaines et 15 % en milieu urbain). Notre philosophie ? Maintenir ce maillage de proximité résilient adossé au large plan de ventes de nos deux plateformes logistiques pour contenir les effets de la crise du BTP. Au-delà, l’émergence de nos nouveaux concepts PPI, Couverture et TP peuvent servir d’amortisseurs face à une conjoncture morose.
Nos plateformes Gedinor d’Achiet dans le Nord et Reventin en Isère (environ 36 800 m2 couverts détenus en propre) ont doublé leurs plans de stock au cours des trois dernières années. Les offres de spécialités se renforcent. Basé à Salbris, à environ 60 km au sud d’Orléans (Loir-et-Cher), et labellisé Breeam Excellent, le 3e site dont nous avons annoncé la création lors de notre salon 2026 à Marseille sera plus barycentré et, lui aussi, détenu en propre sachant qu’actuellement, un tiers de nos activités logistiques passe par des prestataires. Il sera opérationnel d’ici à fin 2027.
À cette date, Gedicoop disposera de plus de 78 000 m2 de surface couverte cumulée pour une capacité de stockage pouvant s’accroître de 60 %. Notre 3e plateforme agira comme un outil de conquête pour mieux se positionner sur certains marchés tels que la cuisine et les revêtements de sols. Elle permettra de nous renforcer significativement dans les activés de LS, le bois et dérivés, les TP et la couverture qui y seront stockés.
« D’ici à fin 2027, grâce à la 3e plateforme logistique que nous ouvrons à Salbris (Loir-et-Cher), Gedicoop disposera de plus de 78 000 m2 de surface couverte cumulée pour une capacité de stockage pouvant s’accroître de 60 %. »
Cette nouvelle entité va officier comme “4 PL” (pilotage global et centralisé de la supply chain) interne. Outre le repositionnement des produits selon leurs consommations régionales, la mise en œuvre de Salbris s’accompagne d’une réorganisation de nos flux logistiques selon des critères environnementaux et financiers. Elle ouvre la voie à la régionalisation de nos référencements et assortiments pour apporter encore plus de services aux adhérents.
Salbris sera aussi un levier pour renforcer l’activité e-commerce et le déploiement de nos “Marques des Artisans” (MDA). Au même titre que notre financière, la gestion des datas et l’innovation (concepts, services…), la supply chain est l’un de nos leviers de croissance.
C’est un élément de souveraineté dans un marché qui se transforme, se complexifie, justifiant ainsi notre investissement. Je crois que l’avenir du négoce passera par une plus grande spécialisation à même d’adresser la rénovation énergétique, “le” marché de demain. Notre dispositif logistique complet jouera un rôle clé pour renforcer l’attractivité de nos agences.
“Gedimat Performance Pro” ne pouvait pas être dupliquée sur nos autres concepts de spécialité. Nous avons décidé de créer ces trois MDA, en co-construction avec les adhérents, pour adresser la clientèle de Gedimat et Gedibois. Trois univers produits sont ciblés : Artisio pour les métiers de la finition/décoration avec un positionnement premium ; Bâti Expert 360 pour le gros et le second œuvre ; et Tech Team Professionnel pour l’offre technique (plomberie, électricité, outillage à main, EPI, quincaillerie…). À terme, ces marques ont vocation à représenter entre 15 % et 20 % du CA de certaines familles de produits, renforçant ainsi notre différenciation, notre compétitivité et la fidélisation clients.
Le groupement investit dans ses piliers de souveraineté financière et logistique pour renforcer sa dynamique et l’attrait de ses enseignes. Nous entendons bien rester en position de conquête sur le marché.
Gedicoop en bref
• 2,1 Md€ de CA France en 2025 (2,3 Md€ avec la Belgique), dont 1,8 Md€ pour Gedimat.
• 200 adhérents, 481 agences Gedimat (dont 22 en Belgique), 13 Gedimat Concept Store, 59 Gedibois.
• 7 000 collaborateurs.
(Source : Gedicoop)