Rénovation énergétique : la FDMC appelle à sécuriser l’avenir
Lors de ses 15es “Rendez-vous du négoce” organisés le 2 avril, la FDMC est revenue sur les dispositifs de financement de la rénovation énergétique alors que l’activité des négoces reste dans le rouge depuis 2023. Entre la réouverture du guichet MaPrimeRénov’, le statut du bailleur privé et les CEE, la profession espère pourtant un “choc d’investissement”.
Simplification, stabilité et pérennité… 2026 sera-t-elle – enfin – l’année charnière pour relancer les travaux de rénovation énergétique ? En substance, c’est le thème qu’avait choisi d’aborder la FDMC lors de sa traditionnelle table ronde qui s’est tenue le 2 avril à la Maison de l’Amérique latine à Paris. Avec cette question : “De la réactivation de MaPrimeRénov’ au Jeanbrun : vers une stabilité pour la construction et le logement ?”.
Alors, accident de parcours ou tendance lourde ? Selon les derniers chiffres de la FFB (Fédération française du Bâtiment) dévoilés le 17 mars dernier, le secteur de la rénovation énergétique des logements a encore plongé de 1,4 % en volume au T4 2025 vs le T4 2024. C’est aussi le cinquième trimestre consécutif de baisse alors que la FFB s’attend à une nouvelle érosion de 1,3 % en 2026.
Reste que les distributeurs de bois et matériaux préfèrent voire le verre à moitié plein. Si Patrick Bourdon (président de la commission économique de la FDMC) a rappelé qu’à fin mars 2026, la profession a enregistré « son douzième mois consécutif de baisse d’activité », il s’est aussi félicité que « le gouvernement ait sanctuarisé la réouverture du guichet MaPrimeRénov’ [MPR] » de nouveau accessible à tous les ménages.
Avec un budget 2026 de 3,6 Md€ (vs 3,4 Md€ pour 2025) qui, selon l’Agence nationale de l’habitat (Anah), doit permettre le financement d’au moins 120 000 rénovations énergétiques d’ampleur et 150 000 rénovations par geste (un seul chantier de rénovation par opération).
L’effort porté par les CEE, dans le cadre de la 6e période (2026-2030), augmente globalement d’environ +27 % en passant de 6 Md€ en 2025 à plus de 8 Md€ en 2026.
Choisir le bon opérateur de CEE
De son côté, comme lors des 14es “Rendez-vous du négoce”, Florence Lievyn (présidente du GPCEE, le Groupement des professionnels des certificats d’économie d’énergie) a apporté un éclairage sur le dispositif des CEE qui, à ce jour, compte 216 fiches.
« Sans doute, le système demande à être simplifié, mais ce financement privé supplémentaire est un vrai luxe pour la filière, considère-t-elle. L’isolation, par exemple, n’a pas été supprimée de la liste des travaux éligibles… contrairement à MPR. »
Paru au Journal Officiel le 4 novembre dernier, le décret – très attendu – définissant le cadre de la sixième période (2026-2030), a d’ailleurs permis de réévaluer l’ensemble des conditions du dispositif comme les coefficients d’obligation, les seuils de franchise et l’intégration de nouveaux critères de pondération.
L’effort porté par les CEE augmente ainsi globalement d’environ 27 %, et passe de 6 Md€ en 2025 à plus de 8 Md€ cette année. Néanmoins, Florence Lievyn appelle les professionnels à « bien choisir son opérateur CEE parmi les 200 acteurs présents sur le marché ». Avec cette mise en garde : « Vérifiez le ratio “volumes de CEE traités et effectifs salariés”, les éventuelles sanctions, etc. pour s’assurer du sérieux de l’opérateur ! ».
Le statut du bailleur privé doit contribuer à la mise sur le marché d’environ 50 000 logements locatifs privés supplémentaires dès 2026 en mobilisant l’épargne des ménages.
Le Jeanbrun : un choc d’investissement ?
Dans la foulée, Bérengère Joly (directrice juridique de la FPI, Fédération des promoteurs immobiliers) a salué « l’adoption du statut du bailleur privé [en vigueur depuis le 21 février 2026 et jusqu’à fin 2028 : Ndlr]. Après une activité catastrophique l’an dernier sur le segment du logement collectif, les investisseurs reviennent, les opérations vont pouvoir à nouveau être déclenchées ».
D’autant que « le dispositif Jeanbrun [qui s’inscrit dans le plan “Relance Logement” présenté le 23 janvier 2026 par le Premier ministre : Ndlr] n’impose pas les mêmes contraintes et est beaucoup plus simple que l’ex-Pinel », précise-t-elle.
Applicable tant le neuf que dans l’ancien sous condition de travaux significatifs, le nouveau dispositif fiscal doit en effet contribuer à la mise sur le marché de 50 000 logements locatifs privés supplémentaires dès cette année, en mobilisant l’épargne des ménages.
« Face aux défis du vieillissement de la population, la filière doit s’inscrire dans une logique d’anticipation bien avant la perte d’autonomie. Pourquoi ne pas faire converger les transitions énergétique et démographique dans le cadre des travaux ? »
Mathieu Alapetite, DG de France Silver Eco
Adaptation du logement : un marché (encore trop) balbutiant
Autre levier pour dynamiser le marché : l’adaptation du logement face au vieillissement de la population. Pour Mathieu Alapetite (directeur général de France Silver Eco, association mandatée par le ministère de la Santé depuis 2018), c’est « un défi démographique colossal alors que la population des plus de 65 ans va croître de quatre à six millions d’ici à 2035 ».
Rien qu’en 2030, un Français sur trois aura plus de 60 ans et, pour la première fois, les plus de 65 ans seront plus nombreux que les moins de 15 ans. Sorte de “révieu(x)lution” sociale et sociétale autant qu’un enjeu économique d’autant que 90 % des Français souhaitent vieillir à domicile (sondage Ifop pour France Silver Eco, septembre 2023).
Entrée en vigueur en 2024 et supposée être un levier majeur, MaPrimeAdapt’ (MPA) ne s’est pourtant pas traduit jusqu’à présent par un franc succès – à raison de 40 000 à 45 000 logements adaptés par an. « Pour certains ménages, le reste à charge peut paraître trop élevé. Le dispositif peut encore être amélioré, mais il faudra rendre l’offre plus visible et lisible », estime Mathieu Alapetite.
Il appelle d’ailleurs à « une convergence des transitions énergétique et de l’autonomie » : une proposition qui a été, plus ou moins, abordée dans le “Livre blanc 2025” publiée la Filière Silver Économie. Patrick Bourdon abonde en ce sens : « Pourquoi ne pas faire évoluer le DPE en y intégrant une dose d’adaptation et d’accessibilité du logement ? ».
Dans la même veine, France Silver Eco réfléchit à « des financements privés » pour massifier le marché. Mathieu Alapetite cite l’exemple des prêts affectés de Sofinco (groupe Crédit Agricole) qui « s’engage sur des règles de bonne pratique » pour, le cas échéant, « rassurer des seniors parfois fragiles ».
À l’image du marché de la rénovation énergétique, les professionnels de l’adaptation des logements attendent, eux aussi, un choc de simplification et une stabilité de la réglementation.
Renforcer l’attractivité du négoce
En amont de la table ronde, la FDMC a fait un point sur le déploiement des ambassadeurs des métiers intervenant en collèges et lycées pour promouvoir les multiples fonctions dans un négoce généraliste ou multispécialiste. Avec un cas concret chez Chausson Matériaux.
Pour sa responsable RH Île-de-France, Manon Delteil, « ces actions permettent de parler de nos métiers en agence et au niveau des fonctions support en s’appuyant, entre autres, sur le dispositif de serious game pour aider les élèves à mieux appréhender notre profession ». Objectif de la fédération ? Passer de 42 ambassadeurs recensés depuis 2025 à une cinquantaine cette année.
En outre, la FDMC a aussi noué un partenariat avec l’Onisep et My Job Glasses (plateforme de mise en relation professionnelle) pour sensibiliser les jeunes et les personnes en reconversion professionnelle aux métiers de négociant.
À vos baskets : courir pour la reforestation !
La FDMC a dressé le bilan des 3es Foulées du Négoce : une initiative RSE lancée en 2023 pour mobiliser les équipes des enseignes et groupements en faveur du développement durable. Les kilomètres parcourus sont convertis en arbres plantés dans les forêts françaises.
De 1 504 participants (21 enseignes) en 2023, ils étaient 2 361 coureurs (33 enseignes) l’an dernier qui ont permis de planter 5 683 arbres. Le dispositif s’appuie sur un partenariat avec la société bretonne EcoTree certifiée B Corp. Prochaine édition : du 15 septembre au 15 octobre 2026. La FDMC a créé une appli pour candidater.